Culture

Portes ouvertes à la Casbah : La mémoire vivante au cœur du Mois du Patrimoine

À l’occasion du mois du Patrimoine, célébré chaque année du 18 avril au 18 mai, l’Agence nationale des secteurs sauvegardés (ANSS) a organisé des journées portes ouvertes dans son siège de la Basse-Casbah, dit « Dar El Kadi », invitant Algériens et visiteurs étrangers à découvrir les coulisses d’une institution discrète mais décisive dans la préservation du patrimoine architectural national. L’affluence a été remarquable. Passionnés d’histoire, curieux de passage, scolaires en sortie pédagogique : tous se sont retrouvés dans les murs de cette demeure historique pour explorer, à travers une exposition de panneaux illustrés, les missions, les mécanismes d’intervention et les stratégies de conservation que déploie l’agence sur l’ensemble du territoire. Une carte touristique du secteur sauvegardé de la Casbah était également présentée, offrant une lecture structurée d’un espace urbain dont la complexité échappe souvent au regard non averti. Ce rendez-vous s’inscrit dans le cadre du programme national du mois du Patrimoine, placé cette année sous le slogan « Notre patrimoine… notre civilisation », et organisé sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts. Il constitue, pour l’ANSS, bien plus qu’une vitrine institutionnelle : c’est un acte de médiation culturelle assumé, à l’adresse de publics variés et d’une société civile que l’agence cherche à mobiliser autour d’un bien commun menacé.

La chargée de communication de l’agence, Louaïfi Salima, a tenu à en préciser les enjeux. L’objectif premier, explique-t-elle à l’APS, est de « faire connaître la Casbah d’Alger, classée secteur sauvegardé en 2005, et de présenter la carte touristique de ce périmètre, tout en offrant une présentation générale des missions de l’agence, qui veille à préserver le caractère patrimonial du secteur sauvegardé et à programmer les opérations de conservation, de restauration et de mise en valeur prévues dans le plan permanent de sauvegarde ». Un plan permanent qui constitue le cadre réglementaire et opérationnel de toute intervention sur le bâti ancien, et dont l’application requiert une coordination étroite entre experts, élus locaux et habitants.

Classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1992, la Casbah d’Alger demeure l’un des ensembles urbains ottomans les mieux préservés du bassin méditerranéen, mais aussi l’un des plus fragiles. Construite en gradins sur les hauteurs dominant la baie d’Alger, elle abrite encore plusieurs centaines de demeures ancestrales, des ruelles aux tracés séculaires et une stratification historique qui témoigne de plus de deux millénaires d’occupation humaine. Sa sauvegarde représente un défi permanent, entre péril structurel des bâtisses, pression démographique et exigences touristiques croissantes.

C’est précisément pour ancrer la conscience de ce défi dans les générations futures que les portes ouvertes de l’ANSS s’adressent en priorité au jeune public. Louaïfi Salima insiste sur cette dimension éducative : ces manifestations visent à « renforcer la conscience de l’importance du patrimoine culturel chez les enfants et les jeunes, afin d’ancrer les valeurs de sa préservation et d’en assurer la pérennité ». Car si les institutions ont un rôle à jouer, la transmission passe d’abord par l’école et la famille, par le regard qu’une société porte sur ce qu’elle a hérité.

Au-delà de la sensibilisation, la chargée de communication souligne la vocation économique du patrimoine, trop souvent négligée dans les discours officiels. Il s’agit, dit-elle, de mettre en lumière « le rôle du patrimoine comme vecteur de développement local et de soutien au tourisme culturel ». La Casbah, avec ses ateliers d’artisans, ses cafés maures et ses demeures ouvertes aux visiteurs, incarne ce potentiel, à condition que sa mise en valeur soit pensée de manière intégrée, respectueuse de l’authenticité du lieu et des conditions de vie de ses habitants.

Le programme du mois du Patrimoine ne se limite pas au siège algérois de l’agence. À travers ses antennes régionales, l’ANSS anime en parallèle une série de manifestations dans plusieurs villes dont les centres historiques bénéficient du statut de secteur sauvegardé : Constantine, Dellys, Ténès et Mila accueilleront ainsi des expositions de présentation, des conférences sur l’implication de la société civile, mais aussi des sorties de terrain et des visites pédagogiques destinées aux élèves et aux étudiants sur des sites archéologiques et historiques. Chacune de ces villes porte une histoire singulière, une architecture spécifique, des savoir-faire en voie de disparition que l’agence s’efforce de documenter et de protéger.

Des séminaires, des rencontres de sensibilisation, une exposition photographique consacrée à la Casbah, des ateliers de métiers traditionnels et des activités de proximité viendront compléter ce dispositif, en associant spécialistes du patrimoine, associations culturelles et acteurs de terrain. L’ambition affichée est de construire un écosystème de la sauvegarde qui ne repose pas uniquement sur les épaules de l’État, mais qui implique l’ensemble des parties prenantes dans une démarche partagée et durable.

Mohand Seghir

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