Culture

Festival du film méditerranéen d’Annaba : Une sixième édition entre mémoire et innovation

Annaba s’apprête à vivre au rythme du 7ᵉ art. Du 24 au 30 avril, la ville des jujubes accueille la sixième édition du Festival du film méditerranéen, avec plus de 55 films issus de 20 pays, un hommage au cinéma égyptien, une master class de l’historien Benjamin Stora et un concours inédit dédié aux films réalisés grâce à l’intelligence artificielle. Une programmation dense qui confirme la vocation de l’événement : être à la fois un espace de création, de dialogue culturel et de réflexion sur les mutations du monde contemporain. C’est à l’hôtel Seybouse International qu’a été levé, dimanche, le voile sur les grandes lignes de cette édition. Lors d’une conférence de presse, le commissaire du festival, Mohamed Allal, a annoncé que la compétition officielle réunira 13 films étrangers projetés en première vision et 53 productions algériennes, illustrant à la fois la vitalité du cinéma national et l’ouverture croissante de l’événement sur les différentes écoles cinématographiques de la région. Les projections se tiendront dans deux lieux emblématiques de la ville : le théâtre régional Azzedine-Medjoubi et la cinémathèque d’Annaba, qui accueilleront longs métrages, courts métrages et documentaires, en compétition officielle comme hors compétition. Le choix de l’invité d’honneur donne à cette édition une résonance particulière. Le cinéma égyptien est à l’honneur, en célébration du centenaire de la naissance du réalisateur Youcef Chahine (1926-2008), figure tutélaire du cinéma arabe dont l’œuvre a marqué plusieurs générations de cinéphiles des deux rives de la Méditerranée. Mohamed Allal a souligné le caractère symbolique de ce choix, qui met en lumière « les différentes écoles du cinéma méditerranéen » représentées au festival et la place du 7ᵉ art comme vecteur privilégié de dialogue entre les cultures.

Au-delà des projections, le festival se veut aussi un espace de réflexion sur l’industrie cinématographique. Les « Journées d’Annaba pour l’industrie cinématographique », dont la réputation n’est plus à faire, ont cette année attiré pas moins de 212 projets, témoignant de l’appétit des professionnels pour cette plateforme d’échange et de développement. Une dynamique que le commissaire du festival, Mohamed Allal, interprète comme le signe d’une filière en plein essor, avide de structures d’accompagnement et de visibilité internationale.

Cette édition se distingue également par une ouverture résolue aux nouvelles technologies de création. Un concours spécial sera lancé, dédié aux films produits à l’aide de l’intelligence artificielle, avec la participation de huit pays. Mohamed Allal a présenté cette initiative comme traduisant « l’ouverture du festival aux transformations technologiques modernes », une façon pour l’événement de ne pas rester en marge des bouleversements qui redéfinissent, à grande vitesse, les contours de la création audiovisuelle mondiale. Car si la question de l’IA dans le cinéma divise encore la profession, elle s’impose désormais comme un débat incontournable, que le festival d’Annaba choisit d’aborder de front, par la pratique et la compétition.

La dimension mémorielle et académique occupe également une place de choix dans la programmation. Une master class animée par l’historien Benjamin Stora est prévue à l’université Badji Mokhtar, au sein du département d’histoire. Organisée à l’initiative du commissariat du festival, la rencontre portera sur les enjeux mémoriels liés à la colonisation et à la guerre d’Algérie, en résonance directe avec plusieurs œuvres présentées dans la sélection. Spécialiste reconnu de l’histoire contemporaine de l’Algérie et de la question mémorielle franco-algérienne, Stora apportera une lecture historique et critique qui enrichira le dialogue entre cinéma et mémoire, entre récit filmique et reconstruction du passé, au cœur d’une ville, Annaba, dont l’histoire est elle-même profondément marquée par ce passé colonial.

Sofia Chahine

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