Législatives du 2 juillet : L’ANIE joue la carte de la transparence et de la pédagogie
Invité lundi du Forum d’El Moudjahid, le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections Karim Khelfane a dressé un tableau exhaustif des préparatifs du scrutin législatif du 2 juillet — et il n’a pas esquivé les questions qui fâchent. Le message central est simple : l’ANIE est prête. Prête techniquement, avec 62 000 bureaux de vote mobilisés dont 137 itinérants, un corps électoral de plus de 24,5 millions d’inscrits — dont 869 000 Algériens établis à l’étranger — et des plateformes numériques opérationnelles pour le suivi en temps réel de chaque étape du processus. « L’ANIE est prête à organiser les prochaines élections législatives dans les meilleures conditions », a-t-il affirmé, citant la « coordination constante et la coopération continue » avec les ministères de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de la Justice et de la Communication, des réunions « tour à tour bilatérales ou élargies » qui « permettent de résoudre les contentieux techniques et de synchroniser les démarches ». Prête aussi juridiquement. Khelfane a été catégorique sur le calendrier : l’échéance du 2 juillet est « intangible », et la date butoir du 18 mai pour les parrainages et dépôts de candidatures ne bougera pas d’un jour. « L’échéance électorale n’est pas compressible », a-t-il tranché, expliquant que chaque maillon du processus obéit à un ordre séquentiel rigoureux qu’on ne peut pas comprimer sans tout fausser. Quatorze partis n’ont toujours pas régularisé leur situation administrative et se trouvent, à ce jour, exclus de la course faute de conformité — sauf régularisation dans les délais.
14 partis ne pourront pas présenter de listes
Sur la lutte contre le nomadisme politique et l’argent sale, le président de l’ANIE n’a pas varié d’un iota. Ces règles, héritées des réformes engagées depuis 2019, sont « non négociables ». Renoncer à cette ligne, a-t-il dit, « reviendrait à nier six années de réformes ». Il a cité le renouvellement des deux tiers du Sénat comme preuve que la jurisprudence tient : celle « de l’application de la loi à distance égale », acceptée par l’ensemble des partenaires politiques. La rigueur s’applique aussi à la carte du paysage partisan. Khelfane a révélé que quatorze formations politiques ne pourront pas présenter de listes le 2 juillet. Ces partis ne remplissent pas les conditions de conformité exigées par la législation — agrément, fonctionnement interne, obligations administratives — faute de mise à jour de leurs dossiers. Sauf régularisation dans les délais impartis, ils restent hors course.
Les partis disposent d’un canal dédié — l’adresse électronique legislatives2026@ina-elections.dz — et « les doléances reçues sont traitées sous 24 heures par un comité de juristes que le président supervise personnellement ».
La diaspora, justement, est l’une des bonnes nouvelles de cette séquence électorale. Lors des présidentielles anticipées, le taux de participation des Algériens de l’étranger avait atteint 19,9 % — « un chiffre inédit depuis les années 1990 », quand les scrutins antérieurs plafonnaient à 2 %. Aujourd’hui, les représentations diplomatiques et consulaires sont « débordées » par les demandes de révision des listes électorales. « Ce sont là des chiffres qu’il nous faudra consolider et pourquoi pas améliorer », a dit Khelfane, y lisant une prise de conscience citoyenne réelle. Mais cette mobilisation, il la veut collective. L’ANIE ne peut pas porter seule l’effort de sensibilisation. « C’est collectivement que devra se construire la pédagogie électorale », a-t-il dit, appelant l’école, l’université, les fonctionnaires et les corps intermédiaires à s’emparer de cet impératif. Les formations, séminaires et sessions de sensibilisation organisés auprès des jeunes et des journalistes vont dans ce sens, mais ne suffisent pas.
Sur le vote électronique, enfin, Khelfane a sorti une formule qui en dit long sur sa méthode : « Ne mettons pas la charrue avant les bœufs. » La réflexion est en cours — « Nous y pensons » —, la numérisation du fichier électoral est déjà une réalité, mais le passage au vote en ligne exige des « garde-fous » solides. « Il ne faut pas ouvrir de brèche qui puisse être source de vulnérabilité », a-t-il averti. Il faudra « y aller doucement et de manière convaincante ».
Le 2 juillet coïncide avec la Fête nationale de l’indépendance. Khelfane n’a pas laissé passer la symbolique : « Au-delà de l’urne, c’est un événement national d’un intérêt majeur qui intervient dans un contexte national et international qui n’est pas simple. Nous devons être à la hauteur. »
Hocine Fadheli

