« Plus haut niveau » de violence depuis le cessez-le-feu : L’ONU tire la sonnette d’alarme sur Ghaza
Les chiffres que le porte-parole de l’ONU a prononcés mardi depuis New York résonnent comme un verdict : en une semaine, les agressions de l’armée d’occupation contre la bande de Ghaza ont bondi de 46 %. Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies António Guterres, a confirmé que la violence israélienne dans l’enclave palestinienne a atteint son « plus haut niveau » depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre dernier — une trêve dont il ne reste, sur le terrain, que le nom. Fusillades, bombardements, attaques de toutes sortes : selon Dujarric, ces actes « ont augmenté de 46 % durant la semaine du 12 au 18 avril, en comparaison à la semaine précédente ». Derrière ce pourcentage, des visages, des familles, des quartiers pulvérisés. Le bilan hebdomadaire des autorités sanitaires de Ghaza, pour la semaine du 14 au 21 avril, fait état d’au moins 28 Palestiniens tombés en martyrs sous les bombes. Depuis que la trêve est officiellement en vigueur, ce sont plus de 786 Palestiniens qui ont été tués — chiffre qui monte à 72 562 martyrs et 172 320 blessés depuis le début de l’agression le 7 octobre 2023, selon le bilan global communiqué mercredi par les autorités sanitaires palestiniennes, précisant que de nombreuses victimes se trouvent encore sous les décombres. La réalité que ces chiffres décrivent a un nom. Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés, n’use plus de circonlocutions diplomatiques. Dans un message publié sur les réseaux sociaux, accompagné d’une vidéo montrant des soldats agressant un enfant palestinien, elle a écrit : « J’en ai vu assez pour l’affirmer avec une certitude absolue : l’armée (israélienne) est l’armée la plus dépravée. » Albanese a également confié au Guardian vivre sous la menace permanente depuis la publication de son rapport qualifiant les actes commis à Ghaza de génocide — un rapport qui lui a valu des menaces de mort.
À Genève, une autre rapporteuse spéciale de l’ONU a pris position avec une netteté rare. Mary Lawlor, mandatée pour surveiller la situation des défenseurs des droits humains dans le monde, a exigé qu’Israël « mette un terme à son occupation illégale des terres palestiniennes conformément à l’avis de la CIJ » — la Cour internationale de Justice qui, en juillet 2024, avait qualifié cette occupation d’illégale et appelé à son démantèlement « dans les plus brefs délais ». La CIJ avait été explicite : Israël devait non seulement mettre fin à l’occupation, mais « évacuer définitivement les colonies de peuplement installées dans les territoires palestiniens » et indemniser la population palestinienne pour l’ensemble des dommages causés. Un avis consultatif que la communauté internationale a largement rangé dans un tiroir.
Lawlor pointe également l’impunité dont jouissent les colons en Cisjordanie occupée. Deux cas illustrent ce que les rapports onusiens documentent désormais par milliers : Aymen Ghraieb, défenseur palestinien des droits humains, est détenu depuis décembre 2025 en détention administrative pour avoir simplement documenté des menaces de colons contre des villageois. Saleh Diab, originaire d’Al-Qods-Est, fait face à des agressions quotidiennes et à des tentatives d’expulsion forcée. Pour Lawlor, Israël « continue de soutenir ouvertement la violence des colons contre les défenseurs des droits humains palestiniens dans les territoires palestiniens occupés ». Un rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, publié en mars, recense 1 732 incidents de violence commis par des colons entre novembre 2024 et octobre 2025 — contre 1 400 lors de la période précédente. Sa conclusion est sans ambiguïté : « La violence des colons s’est poursuivie de manière coordonnée, stratégique et largement impunie, les autorités jouant un rôle central. »
Au Caire, le Parlement arabe a, lui aussi, haussé le ton. Son président, Mohammed Al-Yamahi, a appelé mercredi la communauté internationale, le Conseil de sécurité en tête, à « prendre des mesures immédiates et contraignantes » contre les attaques des colons en Cisjordanie et à assurer « la protection internationale du peuple palestinien ». Il a dénoncé ce qu’il qualifie de « mutisme international » face à ces crimes, estimant qu’il « cautionne indûment leur perpétuation et encourage l’occupant à poursuivre ses politiques d’agression ». Al-Yamahi a également condamné les intrusions répétées de groupes de colons extrémistes dans la mosquée Al-Aqsa sous protection militaire, y voyant non plus de simples violations mais « une politique systématique visant à établir une nouvelle réalité par la force » — une tentative d’imposer une division temporelle et spatiale des lieux saints islamiques au mépris du droit international.
La mobilisation ne se limite pas aux instances diplomatiques. À Bruxelles, une centaine de militants solidaires de la cause palestinienne ont occupé mercredi un bâtiment de l’Université de Gand pour exiger « un boycott académique total » des universités israéliennes. Leur mot d’ordre est précis : rupture immédiate de toutes les collaborations en cours, exclusion d’Israël du programme de recherche européen Horizon Europe à partir de 2028. Selon eux, 18 partenariats sont encore actifs, dont 12 maintenus malgré un avis défavorable de la propre Commission des droits de l’homme de l’université. Ce n’est pas la première occupation du genre : en 2024, une action similaire avait tenu plusieurs semaines et obtenu des engagements du recteur, jugés depuis insuffisants. Dans leur communiqué, les militants formulent ce que beaucoup pensent tout bas dans les milieux académiques européens : « Depuis leur création, les universités israéliennes ne sont pas des institutions neutres, mais un pilier actif du projet colonial. Elles développent des armes, ancrent l’occupation dans le système juridique. Il est absurde que les universités belges poursuivent ces collaborations alors que les Palestiniens sont bombardés, assassinés et affamés. »
L.S.

