Culture

Le HCA investit dans la promotion des variantes locales de Tamazight : Former les futures plumes du scénario télévisuel targui

C’est une initiative discrète mais qui ne manque pas d’ambition. Du 24 au 26 avril, Tamanrasset accueille un atelier de formation en écriture scénaristique télévisuelle en langue amazighe, variante targuie — une première qui dit beaucoup sur la volonté des institutions de donner à la langue de Tin Hinan une véritable existence à l’écran.

L’initiative est portée conjointement par le Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA) et l’Entreprise publique de Télévision algérienne (EPTV). Intitulé « Principes généraux de l’écriture du scénario télévisuel en langue amazighe — variante targuie », l’atelier cible les jeunes du Grand Sud désireux de s’initier aux métiers de l’écriture audiovisuelle. Trois jours de formation intensive, encadrés par des professionnels du cinéma et de la scénaristique à l’échelle nationale, pour transmettre à ces futurs auteurs les outils concrets du métier.

Ce qui frappe dans cette démarche, c’est son pragmatisme. On ne se contente pas de célébrer la diversité linguistique dans les discours officiels : on la met au travail. Car le targui, parlé par les communautés touarègues du Grand Sud algérien, est l’une des variantes amazighes les moins représentées dans le paysage audiovisuel national. Former de jeunes talents capables d’écrire des œuvres télévisuelles dans cette langue, c’est s’attaquer à un vide réel — celui de la création, pas seulement de la diffusion.

Le HCA est explicite là-dessus. Le communiqué annonçant l’événement souligne que l’atelier vise à « soutenir les jeunes talents et à leur transmettre les principes fondamentaux et les clés de la connaissance en matière d’écriture de scénarios télévisés, afin de renforcer la présence qualitative de la langue amazighe, dans toutes ses variantes linguistiques, au sein de la programmation générale de la télévision publique algérienne, et en particulier sur la chaîne amazighe ». Qualitative — le mot est lâché, et il compte. Il ne s’agit pas de remplir des cases de programmation avec du contenu estampillé « amazigh » mais de construire une offre créative exigeante, capable de trouver leur place dans le paysage audiovisuel algérien.

La dimension patrimoniale est tout aussi présente. Les participants sont explicitement encouragés à proposer des projets « contribuant à la mise en valeur du patrimoine culturel et civilisationnel de la région, et à mettre en valeur sa richesse linguistique et symbolique, à travers des productions de qualité enrichissant le paysage audiovisuel national ». Le Sahara central, ses traditions, son imaginaire, ses légendes — tout cela attend encore ses scénaristes. Cet atelier pourrait en révéler quelques-uns.

L’implication de l’EPTV dans le partenariat n’est pas anodine non plus. Elle signifie que la télévision publique ne se positionne pas en simple diffuseur passif, mais en acteur de la chaîne de production. Associer la formation à l’institution qui diffuse, c’est ouvrir une perspective concrète aux stagiaires : leurs projets ne naîtront pas dans le vide, ils seront portés par une structure disposant des moyens de les rendre visibles.

Le communiqué commun conclut sur cet engagement partagé : « les deux institutions réaffirment leur engagement en faveur de la promotion de la formation spécialisée, de l’accompagnement des jeunes compétences et de l’élargissement des usages de la langue amazighe dans les différents champs de l’expression médiatique et culturelle ». Une formule institutionnelle, certes, mais qui recouvre une réalité tangible : donner aux langues minoritaires les moyens de leur modernité passe d’abord par la formation de ceux qui les feront vivre à l’image. À l’heure où la chaîne amazighe cherche à élargir son audience et à diversifier ses contenus, savoir raconter le Grand Sud en targui — avec les codes du récit télévisuel contemporain — n’est pas un luxe culturel. C’est une nécessité.

Mohand Seghir

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