Culture

Exposition sur la blousa de Mostaganem au Bastion 23 : Un habit ancestral raconte l’Ouest algérien

Elle a traversé plus d’un siècle sans perdre une once de son éclat. La blousa de Mostaganem, joyau du costume traditionnel féminin de l’Ouest algérien, est à l’honneur jusqu’au 18 mai au Centre des arts et de la culture du Palais des Raïs — le Bastion 23 d’Alger — dans le cadre du Mois du patrimoine, célébré chaque année du 18 avril au 18 mai. Une cinquantaine de modèles, des pièces rares datant de la fin du XIXe siècle et des témoignages de chercheurs : l’exposition s’impose d’emblée comme l’un des événements culturels les plus soignés de cette édition. Le Mois du patrimoine est une occasion annuelle qui mobilise musées, centres culturels et associations à travers tout le pays. Cette année, le Bastion 23 a choisi de braquer les projecteurs sur un vêtement trop souvent confiné aux cercles des initiés, alors qu’il incarne l’une des expressions les plus abouties du savoir-faire artisanal algérien. Car la blousa de Mostaganem n’est pas une simple robe. C’est un système vestimentaire complet, un langage de couleurs, de broderies et de symboles que les femmes de la région ont transmis de génération en génération avec une fidélité remarquable.

L’exposition en donne la mesure dès l’entrée. Les visiteurs découvrent d’anciens modèles issus de familles mostaganémoises et d’associations engagées dans la préservation du patrimoine vestimentaire. La chercheuse Aïcha Hanefi, qui a contribué à la constitution de ce fonds, précise à l’APS  que l’exposition « permet au public de découvrir près de 50 modèles de la blousa de Mostaganem appartenant à des familles anciennes et à des associations engagées dans la préservation du patrimoine vestimentaire algérien à Mostaganem ». Elle souligne par ailleurs que « l’un des éléments les plus emblématiques de cette blousa est la Tegrîfa de Mostaganem, portée sur la tête » — coiffe somptueuse ornée de pièces dorées aux symboliques variées, véritable couronne dont la composition témoigne d’un raffinement hérité des cours andalouses.

La Tegrîfa justifie à elle seule le déplacement. Elle se compose de plusieurs éléments superposés : la chachia sultani, la lawacha, l’âssaba, le zrîr — ou kheit errouh, « fil de l’âme » — , le tout agrémenté du zaouch, ce petit oiseau en fil doré, des raâach, rosaces délicatement ouvragées, et de deux fleurs rouge et jaune dont les significations varient selon les familles et les époques. Les bijoux qui l’accompagnent — meskia, krafach boulahiya, chentouf louiz — complètent une parure dont l’assemblage exigeait autrefois des heures de préparation et une connaissance transmise entre femmes.

La blousa elle-même se décline en plusieurs variétés. La blousa El Zaïm et la blousa El Mensoudj — dont le nom renvoie à la qualité de l’étoffe — se portent avec la frimla, une veste brodée au fil fetla portée par-dessus, et l’ensemble s’harmonise dans un accord de soieries, de velours et de broderies au fil d’or et d’argent. Le chercheur Nadir Chellali, autre voix de l’exposition, insiste sur la dimension identitaire de ce vêtement : la blousa de Mostaganem représente selon lui « un symbole culturel et civilisationnel algérien authentique », et l’Algérie, dit-il, « œuvre à protéger et à valoriser ce patrimoine en tant que composante de l’identité nationale ». Il note également que le vêtement a su évoluer avec son temps, intégrant « certaines adaptations, notamment l’usage du fil élastique à la taille et aux manches », sans rien céder à son caractère.

Cette capacité d’adaptation est précisément ce qui rend la blousa vivante plutôt que muséifiée. Elle n’est pas une pièce de vitrine figée dans l’ambre : elle continue d’être confectionnée, portée lors des grandes occasions, commandée par des familles soucieuses de perpétuer une tradition. L’exposition présente d’ailleurs une collection de modèles contemporains, réalisés dans des tissus nobles — velours, soie, étoffes brochées — et brodés de motifs aux couleurs harmonieuses qui témoignent de la vitalité de l’artisanat mostaganémois aujourd’hui.

Le Bastion 23 a élargi l’exposition à un panorama plus vaste du costume algérien, avec une galerie photographique consacrée aux tenues traditionnelles masculines et féminines d’autres régions du pays : karakou, caftan, burnous, kachabia, blousa oranaise, robe kabyle, melhfas du Sud. Un parcours qui rappelle que l’identité vestimentaire algérienne est plurielle, faite de strates et de nuances, et que chaque région a tissé sa propre mémoire dans ses habits.

L’exposition est organisée par le Centre des arts et de la culture du Palais des Raïs en collaboration avec plusieurs associations et acteurs de la protection du patrimoine de la wilaya de Mostaganem. Elle reste accessible jusqu’au 18 mai, dernier jour du Mois du patrimoine.

Mohand S.

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