À la UneÉconomie

Céréaliculture : La saison de toutes les promesses

La campagne de moisson-battage 2025-2026 a officiellement débuté et s’annonce déjà prometteuse.

La campagne moisson-battage 2025-2026 a été lancée dans les wilayas du Sud. Une campagne nationale que les autorités ont préparée depuis des mois, avec une méthode et une ambition qui tranchent avec les éditions précédentes. Dans la wilaya d’Adrar par exemple, le coup d’envoi de la campagne a été donné samedi, avec des prévisions de récolte qui donnent le ton d’une saison agricole hors norme. Plus de 1,7 million de quintaux attendus sur 38 000 hectares, des rendements annoncés jusqu’à 80 quintaux à l’hectare, 140 moissonneuses déployées sur le terrain : les chiffres parlent d’eux-mêmes. C’est dans une exploitation agricole de la commune de Fenoughil, au sud de la ville d’Adrar, que le wali Fodil Douifi a donné le coup d’envoi de la récolte. Sur place, le dispositif est impressionnant : 140 moissonneuses-batteuses et 200 camions de transport mobilisés, auxquels s’ajoutent les équipes de la Protection civile chargées de surveiller les parcelles et prévenir les risques d’incendie. La sécurisation de la récolte est intégrée dans le plan dès le premier jour.

La nouveauté de cette campagne, c’est la place centrale qu’occupe la société Agrodrive, filiale du groupe public Agrodiv. C’est elle qui assure la fourniture des moissonneuses aux exploitations de la wilaya, dans le cadre d’un dispositif étendu à l’ensemble des wilayas du Sud. Son directeur général, Derkaoui Benyoucef, a confirmé sur place l’engagement de la société à couvrir tous les besoins en matériel. À ses côtés, Mohamed-Tahar Belmir, directeur de la Coopérative des céréales et légumes secs d’Adrar, a mis en avant un élément logistique décisif : dix centres de stockage de céréales sont désormais opérationnels à proximité immédiate des zones agricoles. Moins de distance entre le champ et le silo, moins de pertes, plus de fluidité dans la chaîne.

Ce lancement à Adrar s’inscrit dans une dynamique nationale préparée de longue date. Dès le 26 mars, le ministre de l’Agriculture Yacine El-Mahdi Oualid avait réuni à Alger l’ensemble des directeurs des coopératives de céréales et légumes secs du pays, ainsi que les cadres de l’Office algérien interprofessionnel des céréales. L’ordre du jour était clair : passer en revue l’état des cultures après la campagne labours-semailles, et s’assurer que rien ne manque pour la récolte. Logistique, points de collecte, capacités de stockage, organisation du transport entre wilayas, tout avait été mis sur la table.

Le ministre avait insisté lors de cette rencontre sur un point précis : équiper les moissonneuses de dispositifs de détection des pertes de grains. Une exigence technique qui peut sembler de détail mais qui, à l’échelle nationale, représente des dizaines de milliers de quintaux préservés. Il avait également fixé une règle : mobiliser d’abord les moyens du secteur public, puis compléter avec les capacités privées, notamment pour les camions et les espaces de stockage.

Mécanisation

Quelques jourss plus tard, le 2 avril, une réunion de coordination interministérielle donnait une nouvelle dimension à ces préparatifs. Oualid et sa collègue de la Formation professionnelle, Nacima Arhab, y ont arrêté un plan d’action conjoint pour former des conducteurs et des techniciens de maintenance de moissonneuses-batteuses. Première session lancée le 4 avril à l’usine Sampo-Algérie de Sidi Bel Abbès, avec des formateurs issus des rangs des techniciens les plus expérimentés du secteur. Le constat qui a motivé cette démarche était simple et connu depuis des années : le manque de main-d’œuvre qualifiée pour conduire et entretenir le matériel agricole spécialisé. Acheter des machines sans former les hommes qui les conduisent ne résout rien.

Derrière toute cette mobilisation, il y a une impulsion venue du sommet. Lors du Conseil des ministres précédant le lancement, le président Abdelmadjid Tebboune avait donné des instructions directes au ministre de l’Agriculture : préparer la campagne dans les meilleurs délais, garantir la mécanisation pour tous les agriculteurs à l’échelle nationale, et baser la distribution du matériel sur des critères objectifs — superficies cultivées, volumes de production — en écartant toute logique bureaucratique. Il avait également demandé que les quantités produites deviennent l’indicateur central pour la création de coopératives de mécanisation à l’échelle des wilayas et des régions. Ces instructions ont trouvé une traduction concrète quelques jours avant le lancement de la campagne, avec la signature d’un accord d’acquisition de 331 moissonneuses-batteuses et 1 800 tracteurs agricoles par Agrodrive auprès de la société nationale PMAT. Un investissement qui porte la marque d’une stratégie à moyen terme, pas d’une réponse d’urgence.

L’architecture institutionnelle a également été renforcée. En janvier, le Premier ministre Sifi Grieb avait installé le Conseil national de la mécanisation agricole, instance de pilotage regroupant représentants de l’État, agriculteurs et opérateurs économiques. Sa mission première : dresser un recensement exhaustif des besoins en équipements selon les filières et les régions, pour que les investissements aillent là où ils sont réellement nécessaires. Cette cartographie doit servir de base à l’organisation des campagnes 2025-2026 et 2026-2027.

Les conditions climatiques cette saison ont fait le reste. Les précipitations ont été au rendez-vous dans les grandes zones céréalières, les taux de levée ont été jugés satisfaisants lors des évaluations de mars, et la chaleur précoce dans le Sud a permis d’avancer le calendrier de récolte. Les wilayas du Sud décrochent les premières, avant que la vague de moisson ne remonte progressivement vers les wilayas des Hauts Plateaux et du Nord, au fil des semaines.

Ce que la campagne 2026 dit au fond, c’est qu’une ambition nationale en matière de sécurité alimentaire n’est pas seulement une question de surfaces emblavées ou de volumes attendus. C’est aussi une affaire de logistique maîtrisée, de formation continue, de matériel disponible au bon endroit au bon moment, et d’une chaîne qui tient du champ au silo sans rupture. Cette année, les fondations semblent avoir été posées plus solidement qu’à l’habitude. Le terrain, lui, donnera son verdict dans les prochaines semaines.

Sabrina Aziouez

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *