Maladies chroniques : Une stratégie nationale de prévention en préparation
L’hypertension artérielle et le diabète concentrent une part croissante de la charge hospitalière nationale.
Une stratégie nationale multisectorielle de prévention des maladies non transmissibles pour la période 2026-2030 sera mise en vigueur en septembre prochain. L’annonce a été faite dimanche à Alger par Tarfani Youcef, directeur en charge des maladies non transmissibles à la Direction générale de la prévention et de la promotion de la santé, en marge d’une journée d’information organisée à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’hypertension artérielle. Elle intervient dans un contexte où ces pathologies pèsent de plus en plus lourd sur le système de santé algérien, sans que les réponses publiques aient jusqu’ici suivi la même courbe.
Le document est encore en cours d’élaboration, mais ses contours sont déjà posés. Il vise à « développer les programmes de prévention et de lutte contre les maladies non transmissibles », notamment l’hypertension artérielle et le diabète, deux affections que le responsable a qualifiées de priorités absolues. L’hypertension, en particulier, a été désignée comme un « tueur silencieux » : elle progresse sans symptômes apparents, souvent diagnostiquée trop tard, avec des complications cardiovasculaires, rénales ou neurologiques dont le traitement mobilise des ressources considérables. Le diabète suit une trajectoire similaire. Ensemble, ces deux maladies concentrent une part croissante de la charge hospitalière nationale.
L’approche retenue est délibérément multisectorielle. Cela signifie que la stratégie ne se limite pas au seul champ sanitaire : elle entend impliquer d’autres ministères, en partant du constat que les facteurs de risque — alimentation, sédentarité, tabac — relèvent autant des politiques agricoles, éducatives ou fiscales que des politiques de santé. En attendant, une campagne de dépistage précoce a été lancée ce dimanche. Elle court jusqu’à mercredi et cible simultanément l’hypertension artérielle et le diabète. Des équipes médicales pluridisciplinaires, appuyées par une clinique mobile, sillonnent le terrain pour proposer des examens et des analyses directement aux populations. L’objectif affiché, selon Tarfani Youcef, est de « renforcer la culture du diagnostic et du dépistage précoce de l’hypertension artérielle » et de « sensibiliser à l’importance de la prévention de ses complications ». Au-delà des chiffres de dépistage, les équipes délivrent aussi des conseils pratiques : alimentation saine et équilibrée, bilans médicaux périodiques, arrêt du tabac. Des messages qui ne sont pas nouveaux mais dont la répétition régulière, sur le terrain, a démontré son efficacité dans d’autres contextes nationaux.
La tenue de cette journée d’information le 17 mai n’est pas fortuite. Elle coïncide avec la Journée mondiale de l’hypertension artérielle, un rendez-vous annuel qui donne aux autorités sanitaires une occasion de communication mais aussi, parfois, de bilan. L’Algérie n’a pas publié de données épidémiologiques récentes et consolidées sur la prévalence de ces pathologies, ce qui rend difficile toute évaluation précise de l’ampleur du problème. Les chiffres qui circulent — environ un tiers de la population adulte serait hypertendue, une proportion comparable à celle observée dans les pays à revenus intermédiaires — restent à confirmer par une enquête nationale rigoureuse.
C’est précisément là que la stratégie 2026-2030 sera attendue : non sur ses intentions, qui semblent cohérentes, mais sur sa capacité à produire des données, à fixer des cibles mesurables et à rendre compte des résultats. La prévention des maladies chroniques est un chantier de long terme, peu spectaculaire, souvent ingrat. Elle demande une continuité que les cycles politiques et administratifs ne favorisent pas toujours.
Lyna Larbi

