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L’USM Alger sur le toit de l’Afrique, Lamine Ndiaye entre dans la légende : Alger rugit !

Deux semaines. C’est le temps qu’il a fallu à Lamine Ndiaye pour transformer un intérim en épopée. Arrivé en mars 2026 pour six mois sur le banc de l’USM Alger, le technicien sénégalais de 69 ans a conduit samedi soir les Rouge et Noir au sacre en Coupe de la Confédération de la CAF, au terme d’une finale à couper le souffle, remportée aux tirs au but 8-7 face à Zamalek SC au Stade international du Caire. Le lendemain, Alger a célébré ses champions jusqu’au bout de la nuit.

Il y a des victoires qui arrivent proprement, dans le temps réglementaire, avec un score qui ne laisse aucun doute. Celle-là n’était pas de ce genre. Elle a été arrachée, disputée, soufferte. Battus dès la cinquième minute sur un penalty transformé par l’international palestinien Oday Al-Dabbagh, les Algérois se sont retrouvés dans la situation exacte qu’ils avaient infligée à l’aller : mener 1-0 à Alger, puis encaisser 1-0 au retour. Le score cumulé était nul, les nerfs à vif, et un public cairote massivement favorable à Zamalek grondait dans les tribunes. Dans ce contexte, tenir n’est pas une mince affaire. L’USMA a tenu. Plus que ça : elle a dominé la séance de tirs au but de bout en bout, huit réussites sur neuf tentatives, et les Égyptiens n’ont pas pu suivre.

Ce trophée est le deuxième de l’USMA dans cette compétition, après celui remporté en 2023 face aux Tanzaniens de Young Africans. Mais au-delà du palmarès du club, c’est la trajectoire de son entraîneur qui mérite qu’on s’y attarde. Lamine Ndiaye n’est pas un inconnu du football africain — loin s’en faut. Il avait déjà soulevé la Ligue des champions de la CAF en 2010 avec le TP Mazembe, ce club congolais qui a dominé le continent pendant une décennie. Seize ans plus tard, en ajoutant la Coupe de la Confédération à son palmarès, il devient seulement le cinquième entraîneur africain à avoir remporté les deux grandes compétitions interclubs du continent. L’instance africaine a elle-même relevé ce fait rare, citant dans ce cercle les noms de Faouzi Benzarti, Cecil Jones Attuquayefio, Hocine Ammouta et Moine Chaabani. Des hommes qui ont tous, à leur manière, marqué l’histoire du football africain. Ndiaye les a rejoints à 69 ans, dans un stade cairote qui ne lui voulait pas forcément du bien ce soir-là.

Sa carrière a traversé le continent dans tous les sens. Coton Sport Garoua au Cameroun, Horoya AC en Guinée, Al Hilal Omdurman au Soudan : autant d’adresses qui dessinent un parcours atypique, celui d’un technicien qui n’a jamais cherché la facilité et qui semble s’épanouir précisément dans les contextes tendus, là où d’autres craquent. À l’USMA, il avait succédé en mars dernier à Abdelhak Benchikha avec un mandat court et une mission claire. En six semaines, il avait d’abord conduit le club au titre en Coupe d’Algérie le 30 avril, en battant le CR Belouizdad 2-1. Puis samedi, Le Caire.

La récompense financière est à la mesure de l’exploit. Depuis la revalorisation des dotations des compétitions interclubs de la CAF, le club algérois repart avec une prime de quatre millions de dollars. Une somme qui, dans le contexte du football algérien, représente une injection significative pour un club historique dont les ambitions continentales sont désormais assumées.

Parade avec le trophée, les rues en liesse

À Alger, on n’a pas attendu longtemps pour fêter. Dès leur arrivée dans la matinée du dimanche, après quelques heures de repos, les joueurs conduits par le capitaine Saadi Redouani ont embarqué à bord d’un bus à impériale pour une parade qui a traversé la ville de part en part. De Hydra à la place des Martyrs, de Didouche-Mourad à Bab El Oued, jusqu’au quartier de Soustara — fief historique du club, là où l’USMA a ses racines les plus profondes — des milliers de supporters ont envahi les trottoirs, les balcons, les carrefours. Les feux d’artifice ont crépité dans le ciel nocturne, les klaxons ont transformé les avenues en chaos festif, et les youyous ont fusé des fenêtres au passage du bus. Les noms des héros de la soirée étaient scandés par des foules qui n’avaient pas dormi de la nuit. Il y avait dans cette parade quelque chose qui dépassait le seul résultat sportif. L’USMA est un club populaire, ancré dans des quartiers qui ont une histoire dense avec ce football de club, ce football de fidélité qui ne ressemble pas au spectacle globalisé des grandes ligues européennes. Quand Soustara se met à chanter, c’est tout autre chose que de la célébration ordinaire. C’est une identité qui se rappelle à elle-même.

Pour Lamine Ndiaye, la nuit du Caire restera probablement comme l’une des plus belles de sa longue carrière. Pas parce que les trophées manquaient dans son armoire — ils ne manquaient pas. Mais parce que certaines victoires ont une saveur particulière, celles qu’on arrache dans les dernières secondes, dans un stade hostile, avec des joueurs qui ont choisi de croire jusqu’au bout. Calmes et disciplinés sous la pression : c’est ainsi que la CAF a décrit les Rouge et Noir de ce soir-là. 

Moncef Dahleb

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