Constantine : Le microbiote au cœur d’un ambitieux projet scientifique national
Un guide national inédit sur l’usage thérapeutique du microbiote sera mis en ligne dès juin 2026, tandis qu’un vaste programme de recherche sur la production locale de probiotiques vient d’être lancé à Constantine. Ces deux annonces ont été faites lors du Séminaire National « Microbiote et Santé » (SNMS 2026), organisé les 16 et 17 mai à l’université Frères Mentouri de Constantine-1, marquant une nouvelle étape dans la prise en charge scientifique du microbiote et de son rôle dans la prévention et le traitement de nombreuses pathologies. Selon les informations publiées sur le compte Facebook de l’université Constantine-1, le séminaire s’est tenu au Centre de Recherche en Sciences Pharmaceutiques (CRSP), sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Il a réuni des chercheurs, des enseignants, des médecins, des étudiants ainsi que des professionnels de l’industrie pharmaceutique. Les participants ont débattu des dernières avancées scientifiques liées au microbiote, un domaine aujourd’hui considéré comme l’un des plus prometteurs de la médecine moderne.
Deux annonces majeures ont retenu l’attention de la communauté scientifique. La première concerne la publication imminente du tout premier guide algérien d’utilisation médicale du microbiote. Prévu pour juin 2026 en version numérique, ce document de référence a été présenté par la professeure Siham Zeitouni, enseignante hospitalo-universitaire spécialisée en microbiologie à l’université Constantine-1. Selon elle, ce guide a pour objectif d’accompagner les praticiens dans leurs choix thérapeutiques face à l’expansion rapide des produits à base de probiotiques et de compléments microbiotiques. En seulement deux ans, l’offre disponible sur le marché algérien a fortement augmenté, compliquant la tâche des médecins dans l’évaluation de l’efficacité et de la pertinence de ces produits.
Le microbiote, souvent qualifié de « deuxième cerveau » du corps humain, désigne l’ensemble des micro-organismes vivant principalement dans l’intestin. Les recherches scientifiques récentes ont démontré son implication dans de nombreuses maladies digestives, métaboliques, immunitaires et même neurologiques. Déséquilibré, il peut favoriser certaines pathologies, comme les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, l’obésité, le diabète ou encore certaines formes de dépression. Dans ce contexte, les probiotiques, prébiotiques, postbiotiques et synbiotiques suscitent un intérêt croissant dans le monde médical, mais leur utilisation thérapeutique nécessite un encadrement scientifique rigoureux afin d’éviter les usages approximatifs ou les promesses commerciales non fondées.
La seconde annonce majeure du séminaire porte sur le lancement officiel d’un projet national de recherche consacré à la production locale de probiotiques. Le professeur Abdelhamid Djekoune, directeur du CRSP et président du SNMS 2026, a indiqué que cette initiative mobilise plusieurs équipes de recherche à travers le pays. Le projet ambitionne de renforcer les capacités nationales de production dans ce domaine stratégique et de réaliser une cartographie de la biodiversité microbienne algérienne — une démarche qui pourrait ouvrir la voie à des innovations thérapeutiques adaptées aux spécificités génétiques, alimentaires et environnementales de la population algérienne.
Au-delà de l’aspect scientifique, cette dynamique traduit également une volonté de réduire la dépendance aux importations de produits pharmaceutiques et de favoriser l’émergence d’une industrie biotechnologique nationale compétitive. À travers ce séminaire, l’université Frères Mentouri de Constantine-1 confirme son rôle dans la promotion de la recherche médicale de pointe. Le microbiote, longtemps méconnu, s’impose désormais comme un enjeu majeur de santé publique, au croisement de la médecine, de la nutrition et des biotechnologies — une révolution silencieuse qui pourrait transformer durablement les approches thérapeutiques en Algérie dans les années à venir.
S. Chahine

