Culture

Musée national des antiquités et des arts islamiques : Mohamed Temam, le miniaturiste aux 400 toiles oubliées

Plus de 400 toiles attendent, pliées dans le silence, dans un appartement situé au-dessus du Musée national des antiquités et des arts islamiques d’Alger. Miniatures, enluminures, peintures — l’œuvre accumulée d’un homme qui a passé sa vie à travailler. Mohamed Temam est mort en 1988. Ses anciens élèves en parlaient encore lundi, lors d’une conférence organisée au musée à l’occasion de la Journée internationale des Musées, en marge de l’exposition «Temam et ses élèves, la palette vivante» placée sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts. Mohamed Temam est né en 1915 à Tlemcen, ville dont les ateliers de miniature et d’enluminure constituaient, depuis le Moyen Âge, l’une des traditions artistiques les plus vivaces du Maghreb. Il se forme dans cet environnement, absorbe les techniques de l’art du livre islamique — la mise en page millimétrée, les pigments broyés, l’or posé à la feuille, les entrelacs géométriques — et commence une carrière qui traversera l’époque coloniale, la guerre d’indépendance et les premières décennies de l’Algérie souveraine. Après l’indépendance, il devient le premier commissaire algérien puis directeur du Musée national des antiquités et des arts islamiques, celui-là même qui accueillait lundi la conférence en son honneur. Il enseigne aussi, longtemps, formant des générations d’artistes à une discipline que les programmes scolaires officiels ignoraient. La rencontre a été animée par Sid Ali Temam, neveu du peintre, et par deux de ses anciens élèves devenus artistes confirmés, Mokrane Zerka et Ali Kerbouche. Le ton était celui du souvenir, mais pas seulement. «Sans compter les nombreuses toiles récupérées par des particuliers en Algérie et à l’étranger, il existe au domicile où habitait ce grand maître, au-dessus de cette salle même où se tient cette conférence, plus de 400 de ses toiles, entre miniatures, enluminures et peintures, qui attendent d’être à nouveau visibles», ont déclaré les anciens élèves. Le chiffre frappe. Ces œuvres ne sont pas perdues — elles sont là, à quelques mètres — mais elles restent inaccessibles au public faute d’une structure pour les accueillir et les montrer.

C’est précisément ce que le neveu de l’artiste cherche à changer. «Nous œuvrons pour que la Fondation Mohamed-Temam reprenne sa place dans le paysage culturel algérien», a déclaré Sid Ali Temam, appelant à la «pérennisation de la mémoire de l’artiste» et rappelant que son oncle «s’est adapté à toutes les conjonctures pour servir sa Patrie dans tous les contextes historiques qu’elle a traversés». La Fondation existe sur le papier ; lui redonner une existence effective permettrait de centraliser l’œuvre dispersée, d’organiser des expositions, de continuer le travail de transmission que Temam a mené toute sa vie.

D’autres propositions ont émergé des échanges. Plusieurs intervenants ont plaidé pour l’intégration du dessin artistique dans les programmes scolaires, «considéré comme un des meilleurs moyens pour solliciter les fonctions cognitives de l’enfant» et «éveiller son imaginaire créatif». La miniaturiste Ilhem Nesrine Meziani a suggéré de donner au Festival culturel international de la miniature et de l’enluminure — jusqu’ici ancré à Tlemcen — une «vocation itinérante», afin de l’organiser «chaque année dans une des villes du pays». Ces propositions, qualifiées de «constructives» par les organisateurs, restent pour l’instant des vœux formulés en salle. Leur traduction concrète dépendra d’arbitrages qui dépassent le cadre d’une conférence.

L’exposition accrochée dans la galerie adjacente donnait une idée de ce que représente cet héritage : une quinzaine de miniatures et d’enluminures de Temam, accompagnées de pièces d’une dizaine de ses anciens élèves. La filiation était lisible — les mêmes soucis de précision, la même économie de geste — mais chaque artiste y avait glissé sa propre inflexion.

M.S.

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