Actualité

Biens mal acquis : La justice française a reçu une centaine de demandes de la part de l’Algérie

Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a été reçu lundi à Alger par le président Abdelmadjid Tebboune, au terme d’une série de réunions bilatérales qui ont porté sur le renforcement de la coopération judiciaire et pénitentiaire entre la France et l’Algérie. La visite, dont le calendrier s’est étalé à partir de dimanche soir, a placé en tête de l’agenda un dossier particulièrement sensible : celui des « biens mal acquis ». Dans une déclaration faite à l’issue de l’audience présidentielle, Darmanin a indiqué que l’objectif de son déplacement était d’« améliorer la coopération judiciaire et pénitentiaire entre les deux pays ». Le ministre a précisé avoir mené, depuis son arrivée, de « nombreuses réunions » avec son homologue algérien, le garde des Sceaux Lotfi Boudjemaa, en présence de l’ambassadeur de France en Algérie et de hauts magistrats de son administration, parmi lesquels la directrice des affaires criminelles et des grâces, le procureur national financier et la procureure nationale chargée de la criminalité organisée. Le volet des avoirs illicites a occupé une place centrale dans les échanges. Darmanin a révélé qu’« une centaine de demandes ont été formulées par les autorités algériennes pour récupérer les biens issus, malheureusement, de la corruption », avec « la coopération de la justice française ». Des discussions qui se prolongeront : les autorités judiciaires algériennes sont attendues prochainement à Paris pour approfondir les dossiers et permettre à la justice française de « traiter ces saisies et confiscations concernant d’anciens responsables algériens ».

La criminalité organisée a constitué le second axe de la visite. Le ministre français a reconnu que les deux pays « partagent la difficulté de lutter contre les mafias de la drogue et des psychotropes ». Dans ce cadre, une coopération en matière de renseignement judiciaire est en cours, ciblant notamment certains réseaux impliqués dans le trafic de cocaïne. Darmanin a indiqué que les deux parties ont, « sans entrer dans les détails, échangé de très précieuses informations et demandé un certain nombre d’extraditions, tout comme l’Algérie qui a demandé des extraditions à la France ».

Un troisième volet, plus discret mais non moins concret, a trait aux questions pénitentiaires et à la justice civile. L’enjeu, selon le ministre, est de permettre aux « très nombreuses familles qui sont de chaque côté de la Méditerranée de vivre le mieux possible », avec une attention particulière à la protection des enfants dans les situations transfrontalières.

En marge des dossiers institutionnels, Darmanin a indiqué avoir évoqué « de nombreux cas individuels, dont le cas de M. Christophe Gleize, et ce à la demande du président Emmanuel Macron ». Le ministre n’a pas fourni de précisions supplémentaires sur ce point, laissant entendre que la démarche relevait d’une instruction directe de l’Élysée. À l’issue de sa rencontre avec Tebboune, qu’il a remercié pour « le très long échange » accordé, Darmanin a insisté sur la nécessité de « renouer la confiance entre les deux pays qui se respectent ». Une formule qui résume à elle seule l’état des relations franco-algériennes : un terrain de coopération réelle, mais aussi un agenda diplomatique encore encombré de non-dits. Le ministre a par ailleurs invité Lotfi Boudjemaa à se rendre à Paris, dans la foulée de la visite annoncée du ministre algérien de l’Intérieur — un agenda croisé qui témoigne d’une volonté, des deux côtés, de remettre en mouvement une relation longtemps grippée.

Chokri Hafed

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *