Mostaganem : L’université et la culture s’allient pour sauver les pierres de la ville
Ce n’est pas tous les jours qu’une direction de la culture et un laboratoire universitaire décident de travailler ensemble, sur papier et dans la durée. À Mostaganem, c’est pourtant ce qui vient de se passer. La direction locale de la Culture et des Arts et l’Université Abdelhamid Ibn Badis ont signé une convention de coopération avec le Laboratoire Architecture, Mémoire, Environnement et Patrimoine — un accord qui, sur le fond, pose une question simple : comment protéger ce qui reste du tissu historique d’une ville côtière dont l’héritage architectural est aussi riche que fragile ?
Mohamed Merouani, directeur de la Culture et des Arts de la wilaya, a indiqué samedi à l’APS que la convention vise à «promouvoir les recherches universitaires relatives au patrimoine culturel matériel et immatériel» et à «renforcer la coopération pour l’organisation de manifestations scientifiques et culturelles au sein des espaces universitaires et culturels.» En clair : les chercheurs sortent des amphithéâtres, les gestionnaires du patrimoine cessent de travailler en silo, et les deux mondes se parlent enfin.
Mostaganem n’est pas une ville comme les autres sur le plan patrimonial. Fondée au XIe siècle, ancienne capitale de beylik, elle concentre une architecture qui mêle influences ottomanes, espagnoles et coloniales françaises dans un enchevêtrement souvent ignoré par les politiques de préservation. Deux chantiers en cours illustrent l’urgence du dossier : la restauration du mausolée de Sidi Lakhdar Benkhelouf, figure historique et spirituelle majeure du XVIe siècle, et la réhabilitation du «Mur historique de Sour», enceinte fortifiée dont l’état de conservation préoccupe depuis des années les spécialistes locaux. Merouani a confirmé que la convention «accompagnera ces projets d’investissement», en leur apportant un cadre académique que les opérations de restauration précédentes n’avaient pas toujours eu.
L’accord ouvre aussi une porte concrète aux étudiants et aux doctorants. Selon le directeur, les deux partenaires entendent «ouvrir davantage de perspectives aux étudiants et aux chercheurs pour la réalisation d’études de terrain.» Le laboratoire proposera par ailleurs des formations dans les domaines de l’architecture et des arts architecturaux, ouvertes aux experts, aux associations et aux acteurs locaux du secteur.
Le tout s’inscrit dans un mouvement plus large. Merouani a signalé que la wilaya mène en parallèle «une vaste opération d’inventaire et d’enregistrement des biens culturels matériels», avec réévaluation de plusieurs biens déjà classés au cours des années précédentes. Ce travail d’inventaire, souvent ingrat et peu visible, est pourtant le préalable à tout classement sérieux : on ne protège pas ce qu’on ne connaît pas.
Le mausolée de Sidi Lakhdar Benkhelouf, dont le projet prévoit une reconversion en complexe intégré alliant espaces religieux, historiques, culturels et touristiques, sera sans doute le test grandeur nature de cette nouvelle collaboration. La formule n’a rien d’inédit en soi — d’autres villes algériennes ont tenté des montages similaires — mais l’implication d’un laboratoire spécialisé dès la phase de conception change la donne. Entre une restauration pilotée par des impératifs administratifs et une démarche nourrie par la recherche scientifique, il y a une différence qui se voit dans les résultats, souvent des décennies plus tard.
M.S.

