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Les échanges de frappes reprennent entre Washington et Téhéran : Le Golfe sous tension

Dans la nuit du mardi au mercredi, l’aéroport international du Koweït a été frappé par plusieurs drones iraniens. Un mort — un ressortissant indien, passager en transit — et 63 blessés, dont sept ont nécessité une intervention chirurgicale en urgence. Les autorités médicales koweïtiennes ont décrit des fractures, des traumatismes crâniens, des hémorragies cérébrales, des amputations. Le trafic aérien a été suspendu plusieurs heures avant de reprendre partiellement, le temps que les équipes techniques évaluent les dégâts sur l’un des terminaux. C’est le premier mort dans la région depuis la conclusion du cessez-le-feu du 8 avril entre les États-Unis et l’Iran. Un cessez-le-feu qui n’a jamais vraiment tenu.

Les faits sont les suivants. Les forces américaines ont d’abord tiré un missile Hellfire depuis un aéronef pour neutraliser le pétrolier Lexie, battant pavillon du Botswana, qui tentait de forcer le blocus américain des ports iraniens pour rallier l’île de Kharg. C’est le sixième navire endommagé dans ce cadre depuis la mi-avril. Centcom a aussi mené des frappes sur une tour de communication de l’île iranienne de Qeshm, dans le détroit d’Ormuz, en réponse à des drones lancés contre des navires civils. En représailles, les Gardiens de la Révolution ont visé la base aérienne Ali Al-Salem au Koweït, où des hélicoptères américains sont stationnés, ainsi que le siège de la Cinquième flotte à Bahreïn. Plusieurs missiles balistiques ont été tirés vers Bahreïn et le Koweït ; selon Centcom, la plupart ont été interceptés ou se sont désintégrés en vol. L’armée koweïtienne publie, pour sa part, des statistiques cumulées depuis le début de ce qu’elle nomme «l’agression iranienne» : 372 missiles balistiques, 15 missiles de croisière et 869 drones interceptés depuis le début du conflit.

Le Koweït a répondu en expulsant deux membres de l’ambassade iranienne et en niant catégoriquement que son territoire ou son espace aérien aient servi de base pour frapper l’Iran. Bahreïn a adopté la même ligne. Téhéran, de son côté, n’a pas varié d’un mot : «L’utilisation coloniale par les États-Unis du territoire et des installations de pays de la région» engage la responsabilité «directe et claire» des dirigeants de Koweït et de Bahreïn. Mohsen Rezaï, conseiller militaire du Guide suprême et ancien chef des Gardiens, a été encore plus explicite sur X : «À chaque tir et à chaque agression répondra un déluge de missiles et de drones.»

Ce cycle d’escalade se déroule sur fond de négociations diplomatiques dont personne ne sait vraiment où elles en sont. Des médias iraniens affirmaient lundi que Téhéran avait suspendu les pourparlers indirects avec Washington en raison de l’offensive israélienne au Liban. Donald Trump a démenti, assurant que les discussions se poursuivaient «sans interruption». Dans un entretien au New York Post, il a dit vouloir rencontrer le Guide suprême Mojtaba Khamenei, le jugeant «réellement impliqué» dans les décisions de la République islamique — Khamenei n’a pas été vu en public depuis sa nomination en mars. Trump a par ailleurs confirmé, dans le podcast Pod Force One, que l’Iran avait accepté de ne jamais se doter de l’arme atomique. Ce que Téhéran ne confirme ni ne dément.

Le blocage est plus profond qu’un problème de calendrier. Washington veut traiter le dossier nucléaire maintenant ; Téhéran veut l’aborder plus tard, et pose le cessez-le-feu au Liban comme condition préalable à tout accord. Les Gardiens de la révolution ont d’ailleurs menacé d’ouvrir «de nouveaux fronts» si les frappes israéliennes au Liban se poursuivent.

Le Liban, justement, continue de saigner. Mercredi, six personnes ont été tuées à Tyr, ville millénaire sur la côte, après des frappes dans son quartier chrétien que l’armée d’occupation israélienne avait préalablement désigné comme susceptible d’être visé, au motif que des combattants du Hezbollah s’y «cacheraient». La veille, un bombardement avait touché l’hôpital public de Tebnine — cinq morts, dont un enfant, quarante-huit blessés, parmi lesquels des membres du personnel médical. Une frappe a également ciblé une voiture près de Beyrouth, pendant que les délégations israéliennes et libanaises se retrouvaient à Washington pour une quatrième session de négociations. Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a soutenu que les deux pays pourraient signer un accord de paix «dès demain» si le Hezbollah n’y faisait pas obstacle. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam répète que les discussions avec l’entité sioniste restent «l’option la moins coûteuse pour le Liban».

Sur le front Trump-Netanyahu, le New York Times rapportait, confirmé depuis par le président américain lui-même, un appel téléphonique tendu lundi. Trump aurait dit à son allié israélien : «Tu serais en prison sans moi. Je te sauve la mise. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça.» L’intéressé a nuancé en conférence : «Je n’étais pas vraiment en colère. J’étais un peu perturbé par le fait qu’il se batte sans arrêt avec le Liban.» Ce que Trump veut éviter, c’est que l’offensive au Liban ne torpille les discussions avec Téhéran. Deux dossiers que Washington tente de dissocier. Que Téhéran refuse de dissocier.

Pendant ce temps, les marchés pétroliers absorbent. Le brut avoisine les 100 dollars le baril, après avoir brièvement reculé la semaine dernière quand les opérateurs avaient cru à un accord imminent. L’OCDE a revu ses prévisions à la baisse : 2,8 % de croissance mondiale en 2026 dans le scénario «perturbations limitées», 2,1 % si elles se prolongent en 2027, contre 2,9 % estimés précédemment. L’Unicef signale de son côté que le coût du fret aérien pour les vaccins a augmenté de 50 à 70 %, celui du transport des aliments thérapeutiques de 30 %, et le fret maritime des fournitures éducatives de 100 à 150 %. Les fonds de transport de l’organisation sont «presque épuisés». Pour un enfant dans une zone de crise, a dit Jean-Cédric Meeus, responsable mondial des transports à l’Unicef, «un retard dans la livraison de vaccins peut faire la différence entre la vie et la mort».

Ce conflit, déclenché le 28 février par des frappes américano-israéliennes en Iran, a fait des milliers de morts, en majorité iraniens et libanais.

Lyes Saïdi

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