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Réouverture du détroit d’Ormuz : L’Iran pose ses conditions

Le détroit d’Ormuz, verrou stratégique par lequel transitait avant-guerre près d’un cinquième du pétrole mondial, restera fermé tant que Washington n’aura pas satisfait à une série d’exigences précises, a averti dimanche Téhéran par la voix de plusieurs de ses responsables, douchant les espoirs d’une réouverture rapide évoqués ces derniers jours par le président américain Donald Trump.

C’est le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohammad Bagher Zolghadr, qui a donné le ton samedi en affirmant que « tant que les États-Unis ne changeront pas de comportement, le détroit d’Ormuz restera fermé ». Selon lui, l’Iran attend de Washington qu’il « mette fin définitivement à la guerre et à l’agression » contre le pays et ses alliés régionaux, qu’il lève le blocus imposé aux ports iraniens, qu’il débloque sans condition les avoirs iraniens gelés à l’étranger et qu’il lève les sanctions économiques qui pèsent sur Téhéran. L’Iran réclame en outre une « indemnisation intégrale » des dommages causés par l’agression américano-israélienne, déclenchée fin février.

Cette position a été confirmée et durcie dimanche par les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique iranienne. Son porte-parole, le général de brigade Hossein Mohebi, a déclaré que « notre stratégie actuelle est de maintenir ce détroit fermé jusqu’à ce que l’ennemi accepte toutes nos conditions », ajoutant que cette voie maritime est « désormais en réalité un théâtre de guerre pour nous, et pas seulement une voie navigable ». Il a précisé que la réouverture ne dépendait pas des discussions en cours entre l’Iran et Oman, mais uniquement de l’acceptation par Washington des mécanismes fixés par Téhéran. « Si les États-Unis acceptent les conditions de l’Iran, le détroit d’Ormuz sera assurément ouvert. »

Washington optimiste, Téhéran plus prudent

Cette fermeté iranienne contraste avec les déclarations plus optimistes émises côté américain. Le président Donald Trump avait indiqué jeudi espérer une réouverture prochaine du détroit, alors que la réouverture de cette artère commerciale est devenue, selon plusieurs observateurs, la priorité centrale de son administration dans ce dossier, davantage que les questions nucléaire et balistique qui avaient initialement justifié l’offensive de fin février.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a toutefois tempéré cet optimisme. Il a expliqué dimanche qu’aucune négociation directe n’était en cours avec Washington, les deux capitales se contentant d’un « échange de messages à travers des intermédiaires ». « Ça ne s’appelle pas une négociation, ça s’appelle échanger des messages », a-t-il précisé, ajoutant que les médiateurs « essaient toujours de trouver de nouvelles voies pour négocier ». Selon lui, une reprise des discussions directes reste conditionnée à l’arrêt de ce que Téhéran considère comme des violations américaines du protocole d’accord signé en juin.

Sur le dossier maritime proprement dit, le chef de la diplomatie iranienne a fait état de pourparlers distincts avec Oman, l’autre État riverain du détroit, portant sur la définition d’un nouvel itinéraire de transit temporaire. Ces discussions seraient, selon ses mots, entrées dans leur « phase finale », sans que cela ne présage pour autant d’une réouverture immédiate. Araghchi a rappelé que d’autres conditions, notamment la réparation par les États-Unis de leur violation du mémorandum, devaient être remplies au préalable. Il a par ailleurs indiqué que le trafic maritime dans le détroit s’était rétabli à hauteur de 60 % de son niveau d’avant-guerre avant les nouvelles interventions américaines survenues début juillet.

De son côté, le président iranien Massoud Pezeshkian a défendu samedi le mémorandum signé avec Washington en juin, assurant que l’Iran n’y avait fait « aucune concession » et accusant les États-Unis de l’avoir violé en empruntant des itinéraires alternatifs dans le détroit sans concertation avec l’Iran et Oman, comme le prévoyait pourtant le texte. « Nous y avons riposté », a-t-il affirmé, tout en maintenant que Téhéran restait attaché à l’accord et souhaitait voir le processus se poursuivre « avec dignité et honneur ».

Pacte de défense

Le bras de fer sur Ormuz s’inscrit dans un contexte régional qui demeure instable, malgré une pause dans les bombardements américains observée depuis plus d’une semaine. Sur le front yéménite, les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont revendiqué dimanche une frappe de drone contre une raffinerie du groupe saoudien Aramco à Jizan, sur la mer Rouge, ainsi que des tirs visant des positions saoudiennes près de la ville portuaire de Moka. Ryad a annoncé avoir maîtrisé l’incendie provoqué sur le site, sans faire de victime ni préciser l’origine du sinistre.

Cette escalade intervient après la reprise, en juillet, des hostilités entre les Houthis et l’Arabie saoudite, qui avait renoué avec le calme depuis la trêve de 2022, et après l’annonce par les rebelles yéménites d’un blocus visant les navires saoudiens en mer Rouge. Sans nommer directement l’Iran, le ministère omanais des Affaires étrangères a par ailleurs condamné samedi de récentes attaques contre des navires dans la région, après qu’un pétrolier appartenant à la compagnie émiratie Adnoc a été visé par un missile que les Émirats arabes unis attribuent à Téhéran. Face à cette montée des tensions, l’Arabie saoudite a signé vendredi un pacte de défense mutuelle avec le Pakistan et la Turquie, un geste qui illustre les recompositions en cours dans la région.

Lyes Saïdi

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