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Trafic de drogue et blanchiment d’argent : Les Émirats à la croisée des réseaux de criminalité internationale

Entre le démantèlement retentissant de la « Dubaï Bank » en Espagne, la persistance du réseau irlandais « Kinahan » sur son sol malgré les sanctions internationales et des transferts de fonds suspects révélés en Inde, les Émirats arabes unies sont devenus un carrefour incontournable pour l’argent du narcotrafic mondial.

Plusieurs enquêtes judiciaires et journalistiques menées ces dernières semaines convergent vers un même constat, celui d’un ancrage croissant de Dubaï dans les circuits internationaux du trafic de drogue et du blanchiment d’argent, entre réseaux irlandais toujours actifs dans l’émirat, structure financière clandestine tout juste démantelée en Espagne et transferts de fonds suspects mis au jour en Inde. Le cas le plus retentissant reste celui de la prétendue « Dubaï Bank », une infrastructure financière occulte que la police espagnole, épaulée par Europol et Interpol, a annoncé avoir démantelée début septembre. Vingt et une personnes ont été interpellées dans plusieurs pays, dont quatorze en Espagne, pour des avoirs saisis d’une valeur de 20 millions d’euros. Selon les autorités espagnoles, l’opération visait des figures de premier plan du trafic international de cocaïne, dont un chef de réseau surnommé « El Tigre », qui aurait dirigé les opérations depuis l’émirat en compagnie d’autres cerveaux du crime organisé. 19 mandats d’arrêt internationaux ont par ailleurs été délivrés, dont sept déjà exécutés, notamment aux Emirats arabes unis.

L’enquête, conduite dans le cadre de la force opérationnelle Token d’Europol avec l’appui des polices néerlandaise, belge, américaine et britannique, a mis en évidence des liens directs entre ce réseau et au moins quatre trafiquants de drogue présumés de premier plan. « Dubaï Bank » n’était pas un établissement bancaire officiel mais un système parallèle assurant, selon des médias espagnols, le financement de cargaisons de stupéfiants, la conversion de cryptomonnaies en espèces ainsi que la création de sociétés écrans destinées à blanchir les revenus du narcotrafic. Ce montage servait notamment à couvrir des importations de marchandises légales en Espagne afin de masquer des flux de drogue en provenance d’Amérique du Sud, l’émirat jouant le rôle de pôle financier chargé d’injecter les liquidités nécessaires au montage global. Des sources policières citées par la presse espagnole ont par ailleurs déploré une coopération jugée insuffisante des autorités émiraties dans ce dossier, alimentant les interrogations sur la complaisance dont bénéficierait ce type de réseaux sur le sol de l’émirat.

Cette affaire fait écho à d’autres dossiers révélés ces derniers jours. La plateforme britannique Bellingcat a ainsi remis en lumière le réseau criminel irlandais « Kinahan », évalué à environ 1,5 milliard de dollars et associé au trafic de drogue, au blanchiment d’argent et au trafic d’armes, qui a fait de Dubaï une base arrière malgré l’annulation, fin août, du visa de résidence de son fondateur Christy Kinahan. Les registres de l’immigration émiratie consultés par la plateforme montrent que plusieurs membres importants du réseau conservent des liens actifs avec l’émirat, certains ayant même obtenu ou renouvelé leur titre de résidence ces derniers mois, des visas parfois associés à des sociétés de conseil basées à Dubaï.

En Inde, une affaire judiciaire distincte vient allonger la liste. La Direction indienne de l’application des lois a déposé une plainte supplémentaire contre cinq personnes soupçonnées d’avoir fait transiter une partie des revenus d’un groupe criminel par des circuits bancaires vers Dubaï, avant conversion en cryptomonnaie et utilisation pour l’achat de stupéfiants sur le dark web.

Ce climat de suspicion internationale trouve un écho inattendu au sein même du Golfe. L’Arabie saoudite a en effet discrètement renforcé, ces dernières semaines, la surveillance réglementaire des transferts financiers à destination des Emirats, selon des informations relayées par l’agence Reuters. Riyad impose désormais aux établissements bancaires du royaume des contrôles de conformité supplémentaires sur les opérations en direction de l’émirat, un traitement habituellement réservé aux juridictions considérées comme présentant un risque élevé de blanchiment d’argent ou de financement du terrorisme. Plusieurs hommes d’affaires ont fait état de transferts retardés de plusieurs semaines, voire purement et simplement retournés par les banques saoudiennes sans explication officielle, y compris pour des montants relativement modestes. La banque centrale saoudienne exigerait ainsi de ses établissements une vigilance accrue face aux clients et juridictions jugés davantage exposés aux risques financiers illicites.

Ces différents dossiers mettent en avant un émirat servant tour à tour de refuge résidentiel, de plateforme financière et de zone de transit pour des fonds d’origine criminelle, renforçant les interrogations sur le rôle de Dubaï dans la circulation transfrontalière de l’argent sale.

Lyes Saïdi

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