Succession de Petkovic à la tête de l’EN : Un feuilleton qui commence à tourner en boucle
Le feuilleton du successeur de Vladimir Petkovic continue de tourner en boucle sans qu’un nom se détache clairement, et c’est justement cette lenteur qui commence à raconter une histoire à elle seule.
Trois semaines après l’annonce du départ du technicien croate, la Fédération algérienne de football n’a toujours rien tranché, et ce ne sont pas les candidats qui manquent mais plutôt une volonté affichée de ne rien précipiter. Ce qui frappe dans ce dossier, ce n’est pas tant la liste des noms qui circulent que le sens inversé des démarches. D’ordinaire, c’est une fédération qui course un entraîneur. Là, on assiste à l’inverse, avec des techniciens qui poussent la porte eux-mêmes pour convaincre Walid Sadi de leur confier les Verts.
Gustavo Poyet illustre parfaitement ce basculement. L’Uruguayen n’a jamais figuré dans les plans initiaux dressés par la FAF. C’est lui qui a manifesté son envie de reprendre une sélection après son passage chez les Grecs, et qui a multiplié les gestes pour se rendre disponible. Il a même pris le soin d’échanger en français avec Antar Yahia, chargé d’assurer la transition sur le plan sportif, histoire de tester une éventuelle complicité avant même de parler chiffres. Le courant serait bien passé entre les deux hommes selon plusieurs médias spécialisés, et cette entente a ouvert la voie à des discussions plus concrètes entre l’entourage de Poyet et l’administration générale de la FAF.
Mais vouloir le poste ne veut pas dire l’obtenir aux conditions qu’on souhaite. Une première offre aurait été transmise à l’ancien coach de Sunderland et de son staff, autour de 108 000 euros nets mensuels selon les échos du mercato. Un montant loin d’être ridicule, pourtant jugé insuffisant par le principal intéressé qui aurait préféré temporiser plutôt que signer dans la précipitation. Ce refus ne ferme pas la porte, il la maintient simplement entrouverte, le temps que les deux camps ajustent leurs attentes. Poyet reste sollicité ailleurs, du côté de la Pologne et de l’Afrique du Sud notamment, ce qui lui donne une marge de négociation qu’il ne compte visiblement pas gâcher.
Poyet pousse, Bento dément, la FAF observe
Ce qui ressort de ce dossier, c’est un déséquilibre presque comique dans les rôles habituels. La FAF n’a pas besoin de Poyet au point de céder à ses exigences salariales, elle garde un œil attentif au marché sans se presser, quand lui semble persuadé qu’un passage sur le banc algérien redonnerait un souffle nouveau à sa carrière après des expériences en dents de scie. Cette envie de sa part se lit dans les efforts consentis pour rapprocher les positions, sans que cela suffise pour l’instant à sceller un accord.
De l’autre côté du dossier, Paulo Bento occupe une place tout aussi trouble. Présenté par certains relais comme le grand favori, avec un accord financier prétendument déjà bouclé, le Portugais voit son entourage tenir un discours nettement plus mesuré. Carlos Gonçalves, qui gère les intérêts de l’ancien sélectionneur du Portugal et de la Corée du Sud, a tenu à remettre les pendules à l’heure. Selon lui, tout s’est limité à un premier contact informel pris par un responsable fédéral algérien, simplement pour sonder la disponibilité de son client. Bento aurait répondu favorablement sur le principe, en attendant qu’une proposition concrète arrive sur la table. Sauf que cette offre officielle ne serait jamais venue, ce qui rend caduque toute idée d’accord scellé.
Yahia en première ligne
Pendant que les tractations traînent en longueur, la vie continue sur le terrain sportif, et c’est justement Antar Yahia qui se retrouve chargé d’une mission loin d’être anodine. Il doit préparer la liste des joueurs convoqués pour la réception de la Zambie le 23 septembre, dans le cadre des qualifications à la CAN 2027. Ce sera la première sortie officielle des Fennecs depuis l’élimination frustrante face à la Suisse en huitièmes de finale du Mondial, le 3 juillet dernier. Un match à enjeu qui tombe à un moment délicat, sans sélectionneur désigné et avec un vestiaire en pleine recomposition après les départs de cadres comme Riyad Mahrez et Aïssa Mandi. Yahia doit donc dénicher du sang neuf, apaiser les critiques qui ont visé plusieurs joueurs jugés trop tendres durant le Mondial, tout en évitant un faux pas qui ternirait davantage une période déjà compliquée. Une responsabilité lourde pour un homme qui n’est pas officiellement le sélectionneur, mais qui agit en pompier de service en attendant que la fumée se dissipe autour du nom du futur patron du banc.
Reste que cette lenteur assumée par la FAF pourrait bien être un choix stratégique plutôt qu’une indécision. L’instance semble vouloir tirer les leçons du dernier épisode Petkovic, quand un renouvellement de contrat avait été négocié dans l’urgence à la veille du coup d’envoi du Mondial, avec les conséquences que l’on connaît. Prendre son temps, quitte à essuyer des refus ou des mises au point publiques comme celle de l’entourage de Bento, permettrait d’éviter de répéter la même erreur de casting. Entre un Poyet qui frappe à la porte avec insistance et un Bento dont le dossier reste au point mort faute d’offre concrète, l’équipe d’Algérie navigue à vue, avec pour seule certitude que le prochain adversaire, lui, n’attendra pas.
Moncef Dahleb

