Sur fonds de législatives sous tension au Maroc : La répression marocaine s’intensifie au Sahara occidental
Alors que le Maroc a organisé mercredi des élections législatives marquées par un profond désaveux et défiance populaires, des organisations sahraouies dénoncent une vague d’exactions dans les territoires occupés du Sahara occidental. Le même jour, neuf prisonniers civils du groupe de Gdeim Izik ont entamé une grève de la faim illimitée après seize ans de détention.
Le scrutin législatif marocain de mercredi s’est dans un climat de répression accrue au Sahara occidental occupé, selon plusieurs organisations sahraouies de défense des droits humains, qui redoutent une nouvelle flambée de représailles contre les militants. L’Instance sahraouie contre l’occupation marocaine, connue sous le sigle ISACOM, a dénoncé dans un communiqué la poursuite systématique, des représailles visant des militants et des civils sans défense. Ces derniers réclament leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance, un droit que garantissent les textes internationaux sur les droits de l’homme et les résolutions de la légalité internationale. L’instance met en cause l’intervention des forces d’occupation contre des militantes sahraouies à Boujdour, dont les domiciles ont été pris d’assaut après qu’elles eurent exprimé pacifiquement leur rejet d’un scrutin illégitime, organisé sur une terre occupée par la force militaire. Elle souligne ainsi un crime de plus ajouté à un long registre d’exactions, ainsi qu’une violation flagrante de la Déclaration universelle des droits de l’homme, du Pacte relatif aux droits civils et politiques et de la Convention contre la torture.
Le Mécanisme national de coordination des droits de l’homme met lui aussi en garde contre la gravité de cette politique de harcèlement, dont l’intensité est en nette hausse à l’approche d’échéances importantes, à commencer par la commémoration, le 12 octobre, de l’Unité nationale par le peuple sahraoui et met en avant une tentative dérisoire de dissuader les Sahraouis de réclamer leur droit inaliénable, et appelle à l’ouverture d’enquêtes internationales indépendantes et transparentes afin que les responsables de ces violations graves rendent des comptes.
L’Association sahraouie des victimes des violations graves des droits de l’homme commises par l’État marocain a de son côté documenté l’arrestation à Smara d’un adolescent de 17 ans, Omar Moulay Haimdaha. Selon elle, le jeune homme a subi des sévices de toutes sortes et un interrogatoire de dix heures, sur fond de menaces visant jusqu’à sa famille. L’association rappelle que frapper, humilier ou menacer une personne durant sa garde à vue, et plus encore un mineur, contredit les engagements de protection des droits humains et les garanties d’un procès équitable. Elle tient les autorités marocaines pour responsables de la sécurité du jeune homme et de ses proches, et affirme qu’elle continuera de suivre le dossier.
Neuf prisonniers de Gdeim Izik en grève de la faim
Du côté des prisons, les neuf détenus de Gdeim Izik ont adressé à l’opinion nationale et internationale un message annonçant leur grève de la faim ouverte, au terme de seize années d’incarcération qu’ils qualifient d’arbitraires et de nombreux combats menés derrière les barreaux. Ils exigent d’abord d’être rapprochés des villes du Sahara occidental, un droit qui leur est refusé, et demandent l’application des décisions onusiennes qui ont condamné le Maroc, dont l’avis du Groupe de travail sur la détention arbitraire et plus de huit décisions du Comité contre la torture. Ils dénoncent aussi la torture physique et psychologique, des années d’isolement et la privation de soins. Ils sollicitent en outre le Conseil de sécurité pour qu’il élargisse le mandat de la MINURSO à la surveillance des droits humains, et réclament un accès immédiat et sans condition du Comité international de la Croix Rouge. Les grévistes sont répartis dans trois prisons. Mohamed Bani est détenu à Aït Melloul 2, Abdallah Abbahah, Mohamed Lamine Haddi et Bachir Khada à Tifelt 2, et Sid El Bachir Boutenkiza, Ahmed Sbai, Naâma Asfari, Hussein Zaoui et Hassana Dah à la prison centrale de Kénitra.
Lyes Saïdi

