Kaddour Naïmi prépare le projet de film « Didou, reviens avec ta valise ! » : Réflexion sur la diaspora, l’exil et le retour
Le cinéaste et homme de théâtre Kaddour Naïmi prépare pour l’Algérie un film de fiction, « Didou, reviens avec ta valise ! », qui suit le retour au bled d’un émigré après de longues années d’exil. Il travaille aussi, avec un petit groupe d’amis, à un mouvement « Pour un renouveau du cinéma algérien ». Fondateur à Oran, en 1968, du Théâtre de la Mer, compagnie expérimentale devenue une référence du théâtre algérien indépendant, Naïmi s’est formé à Strasbourg avant de décrocher un doctorat en sociologie à Louvain. À Rome, il crée en 1986 la société Maldoror Film, doublée d’une école de formation aux métiers du cinéma dont les recettes financent une partie des productions. Scénariste, réalisateur, opérateur et monteur, il y signe fictions et documentaires, dont deux tournés en Chine. Il ferme le tout en 2012, pour vivre six ans en Chine et devenir, dit-il, un « électron libre ».
Le passage du théâtre au cinéma, assure-t-il dans un entretien accordé à Tribune Diplomatique Internationale, n’a rien d’une rupture. Dès sa première pièce, en 1968, « je concevais déjà mon théâtre de manière cinématographique », affirme-t-il. Sa scène circulaire, la halga, rapprochait les acteurs des spectateurs au point de produire l’équivalent d’un gros plan. Son cinéma garde la même ligne. Ses sujets sont sociaux et explique que « seuls m’intéressent les exploités-dominés et leur lutte pour s’en affranchir. » Il écarte pourtant toute étiquette de propagande, jugeant que le réalisme socialiste « fut la ruine de l’art ». Sa devise tient en une formule d’inspiration taoïste, « éthiquement esthétique », l’éthique étant le Yang et l’esthétique le Yin.
Le projet de film qu’il prépare prolonge directement son histoire personnelle. En 1972, Naïmi participait, comme dramaturge, à l’écriture de « Mohamed, prends ta valise ! » de Kateb Yacine et en assurait la mise en scène. La pièce racontait des travailleurs « condamnés à s’exiler pour satisfaire leurs besoins matériels ». Son film propose « une histoire inverse et complémentaire », celle d’un émigré qui, parvenu à un certain âge, « revient au bled par nostalgie et pour servir le peuple dont il est issu ». Le cinéaste récuse la lecture autobiographique et explique que « Didou est Didou, un personnage singulier, représentatif de tous ces compatriotes qui vivent plus ou moins sa situation. » Il revendique pour l’œuvre « une recherche expérimentale, dans le meilleur sens du terme ». Les scénarios sont écrits et la recherche de financement a commencé, en Algérie comme en Italie.
C’est sur ce point que l’entretien se tend. « Depuis plus d’un an, j’essaie d’établir un contact avec les services du ministère de la Culture, toutes les portes sont fermées », confie-t-il. Naïmi dit qu’il retentera le financement public. À défaut, il ne demandera que l’autorisation de tournage et reviendra à la méthode qu’il appelle « cinéma de guérilla » avec un budget au strict minimum, des professionnels qui participent par leur travail ou leurs moyens techniques, et des financeurs qui jugent le film utile, sans publicité dans l’image. Le mot « guérilla », précise-t-il, ne désigne que « le manque de moyens matériels, compensé par une inventivité la plus efficace possible ». Quant au manque de salles, il cite l’exemple du Nigeria, où le cinéma circule en DVD, et plaide pour des projections en associations et autres lieux adaptés. L’essentiel, ajoute-t-il, est de viser une qualité « comparable à la meilleure production étrangère », pour les festivals.
Au-delà du film, Naïmi s’inquiète de la formation. Elle est, juge-t-il, « très déficitaire quand elle n’est pas proposée par des charlatans ». Le remède passe selon lui par la modestie, la coopération et l’effort d’apprendre. Il ne fondera pas d’école en Algérie, son temps étant désormais limité, mais proposera leçons, masterclass, séminaires et ateliers « là où l’on [le] sollicitera ». À ceux qui lui opposent l’utopie, il répond qu’« il existe des utopies susceptibles de réalisation », rappelant que la création du Théâtre de la Mer fut, elle aussi, jugée « folle prétention de jeunesse ».
Mohand S.

