Face aux défis du numérique : Les gardiens du T’bel plaident pour une documentation urgente du patrimoine
Les acteurs culturels réunis samedi à Ouled-Ahmed Timi dans la wilaya d’Adrar ont lancé un appel pressant pour la sauvegarde et la documentation du patrimoine du T’bel, cet instrument à percussion traditionnel emblématique du Sud algérien, confronté aux défis de l’ère numérique et technologique. Lors d’une rencontre culturelle initiée par l’association de folklore populaire « Amazer », les participants ont insisté sur l’urgence de répertorier les corpus et textes poétiques liés à cette pratique ancestrale menacée par les mutations contemporaines. Placée sous le thème « Poésies du T’bel : entre textes authentiques et modérés par la pratique des jeunes », cette manifestation a permis aux intervenants de dresser un constat sans complaisance sur l’état de ce patrimoine immatériel. Les spécialistes présents ont souligné la nécessité d’encourager les associations culturelles à accorder une attention particulière à la préservation de ce genre patrimonial, tout en réclamant davantage de travaux académiques consacrés à la documentation des contenus et aspects sémantiques de cette expression lyrique qui constitue une partie intégrante de l’identité culturelle nationale. Au cœur des recommandations formulées figure l’élaboration d’un répertoire exhaustif du T’bel, perçu comme un outil indispensable pour préserver ce legs ancestral dans la perspective de son classement éventuel au patrimoine culturel oral universel. Cette démarche répond à une double exigence : celle de sauvegarder un pan essentiel de la culture algérienne face à l’uniformisation culturelle mondiale, et celle d’adapter les méthodes de transmission traditionnelles aux impératifs de la numérisation. Les participants ont insisté sur le fait que le T’bel, au-delà de sa dimension musicale, véhicule des valeurs, des récits et une mémoire collective qu’il convient de documenter avec rigueur avant que les derniers détenteurs de cette tradition ne disparaissent.
La rencontre ne s’est pas limitée aux débats théoriques. Elle a également offert un espace vivant de célébration de cet héritage culturel à travers l’animation de poésies du T’bel par des troupes locales spécialisées. Ces performances, rythmées aux mélodies traditionnelles, ont permis au public de mesurer la richesse et la complexité de cette forme d’expression artistique qui mêle poésie, musique et gestuelle. Les organisateurs ont clairement affiché leur ambition de faire de cette manifestation un espace de rencontre privilégié entre les Cheikhs, détenteurs traditionnels du patrimoine du T’bel, et les associations culturelles mobilisées sur le terrain.
M.S.

