Culture

Un vaste chantier de réformes lancé : Faire de la culture un levier économique et diplomatique

Le secteur de la culture s’apprête à franchir un nouveau cap. Longtemps cantonnée à une dimension récréative, elle devient aujourd’hui un instrument stratégique au service du rayonnement international du pays et de son développement économique.

Abdelkader Djemaa, conseiller auprès de la ministre de la Culture, a annoncé mardi une vague de réformes structurelles visant à transformer en profondeur le paysage culturel national, notamment par la création d’un orchestre philharmonique qui pourrait donner ses premiers concerts dès fin 2027. Invité à s’exprimer sur la Chaîne Radio I, Abdelkader Djemaa a exposé les contours d’une vision qui rompt avec les pratiques antérieures. « Le secteur de la culture et des arts ne se limite plus à sa dimension récréative. Il est désormais considéré comme l’une des sources du soft power, à travers la mise en valeur de l’identité nationale et l’influence positive dans les sphères régionale et internationale, ainsi que son rôle dans la création de valeur ajoutée pour l’économie nationale », a-t-il déclaré. Cette approche marque un tournant dans la politique culturelle, jusqu’alors largement dépendante du financement public sans véritable stratégie de rentabilité. Le conseiller a insisté sur la richesse et la diversité du patrimoine culturel algérien, que l’État entend valoriser dans le cadre de sa politique générale. « Le paysage culturel en Algérie se caractérise par une richesse et une diversité considérables, que l’État s’emploie à valoriser dans sa politique générale et les réformes en cours, dans le but de renforcer la position de l’Algérie aux niveaux régional et international », a-t-il souligné. Cette ambition s’inscrit dans une démarche globale visant à faire de la culture un vecteur de développement à part entière.

Le processus de réforme, qui a débuté il y a quelque temps, s’articule autour d’une révision complète du cadre juridique régissant le secteur. « Le parcours de réforme a démarré depuis un certain temps à travers la révision du dispositif juridique organisant le secteur », a précisé Djemaa. La première phase a concerné le cinéma, suivie par des directives issues de la dernière réunion périodique du Conseil des ministres concernant l’opéra, l’orchestre et la philharmonie. Un chantier a également été lancé pour réformer les lois encadrant les différentes activités culturelles du pays.

Politique de soutien financier : l’État revoit sa copie

L’une des innovations majeures concerne le modèle de financement de la culture. « Nous avons adopté une nouvelle approche concernant le soutien de l’État à la culture, que ce soit dans les domaines du livre, du théâtre ou du cinéma, fondée sur la réduction de la dépendance totale au financement public et l’accent mis sur les projets à rentabilité économique », a expliqué le conseiller. Cette stratégie implique l’activation de mécanismes de recherche de financiers, d’investisseurs et de sponsors issus d’entreprises économiques nationales, traduisant une volonté de professionnaliser le secteur et de le rendre viable économiquement. Le projet phare de cette réforme reste la création d’un orchestre philharmonique national, que Djemaa considère comme « un indicateur fort du sérieux des réformes ». Il a détaillé les caractéristiques de cette formation musicale d’envergure : « La philharmonie est l’une des plus grandes formations musicales en termes de nombre de musiciens et d’instruments, puisque le nombre de ses membres varie généralement entre 120 et 140 musiciens, et comprend différents instruments à cordes, à vent et à percussion, et elle interprète des œuvres musicales raffinées et variées. » Les objectifs assignés à cet orchestre sont multiples et ambitieux. Il s’agit d’abord d’élever le niveau de performance musicale des jeunes créateurs, puis de représenter l’Algérie lors des grandes manifestations et événements internationaux. L’orchestre aura également pour mission de promouvoir le patrimoine musical national à travers des festivals et des tournées artistiques. Enfin, sa création implique l’établissement d’une académie musicale spécialisée, « étant donné que la formation à ce niveau nécessite entre 10 et 15 ans d’études et d’entraînement », a souligné le responsable. Le conseiller a précisé le calendrier de mise en œuvre : « Les procédures relatives à la création de l’orchestre ont effectivement démarré suite aux directives du président de la République. » Il a exprimé son attente que les premiers concerts et spectacles soient organisés « d’ici la fin du second semestre de l’année en cours ou au début de l’année 2027 ». Et de souligner que ces initiatives s’inscrivent dans « une vision globale visant à redonner vie à la scène culturelle en Algérie et à faire de la culture un pilier fondamental du projet de réforme nationale ».

Mohand Seghir

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