Économie

Le CEGF table sur une hausse de la demande mondiale de 30% à l’horizon 2055 

Le Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) a lancé, depuis son siège à Doha, la dixième édition de son rapport phare, les Perspectives mondiales du gaz 2055 (Global Gas Outlook, GGO), lors d’une cérémonie de haut niveau retransmise en visioconférence. Cette publication, qui couvre l’ensemble du système énergétique mondial à l’horizon 2055, intervient à un moment charnière : le Forum célèbre cette année son 25e anniversaire, et le rapport paraît dans un contexte de profonde transformation du paysage énergétique mondial. La cérémonie de lancement a été présidée par le secrétaire général du GECF, S.E. le Dr Philip Mshelbila, aux côtés de S.E. le cheikh Dr Mishal Al-Thani, représentant du Qatar au conseil exécutif de l’organisation. Dans son allocution d’ouverture, le Dr Mshelbila a posé d’emblée le cadre analytique du rapport : « Le gaz naturel n’est pas simplement un combustible de transition, mais un composant durable du système énergétique futur. » Une affirmation que les données projetées dans le rapport viennent étayer de manière circonstanciée. Le représentant qatari a pour sa part souligné que, même dans un contexte d’incertitudes persistantes, le rapport démontre clairement que « les molécules de gaz naturel demeurent indispensables ». Les projections du GGO 2055 brossent un tableau d’ensemble d’une demande énergétique mondiale en expansion soutenue. La demande primaire d’énergie devrait progresser de 641 exajoules en 2024 à 768 exajoules en 2055, portée par la croissance démographique, le développement économique, l’urbanisation accélérée et l’électrification croissante des usages. Dans ce contexte, la demande mondiale d’électricité devrait plus que doubler, passant de quelque 30 800 térawattheures aujourd’hui à plus de 61 000 térawattheures en 2055 — une dynamique qui renforce mécaniquement le besoin en sources d’énergie fiables, flexibles et pilotables.

Le gaz naturel sort grand gagnant de cette projection. Sa demande mondiale progresserait de 4 137 milliards de mètres cubes en 2024 à environ 5 417 milliards de mètres cubes en 2055, soit une hausse de près de 31 %. Sa part dans le mix énergétique mondial grimperait de 23 % à 26 %, lui permettant de dépasser le charbon et de se rapprocher du pétrole parmi les grandes sources d’approvisionnement planétaires. Ce sont les pays du Moyen-Orient, d’Eurasie et d’Afrique qui tireront en grande partie cette croissance de l’offre, à condition toutefois que les investissements dans les projets de production soient maintenus à un niveau suffisant — une dépendance à la continuité des financements que le rapport identifie comme un facteur de risque majeur.

Le commerce international du gaz connaîtra, lui aussi, une transformation structurelle. Les échanges mondiaux devraient s’élargir de 1 211 milliards de mètres cubes en 2024 à environ 1 767 milliards en 2055. La part du gaz naturel liquéfié (GNL) dans ce commerce international devrait doubler en volume — de 406 millions de tonnes à 837 millions de tonnes — pour représenter environ 65 % des échanges gaziers mondiaux à la mi-siècle. Les pays membres du GECF renforceraient leur emprise stratégique sur ces marchés, leur part dans la production mondiale passant de 38 % à 44 % et leur contribution au commerce international approchant la moitié des volumes échangés. Les hydrocarbures dans leur ensemble conserveraient une place prépondérante, assurant environ 62 % de la demande primaire mondiale en 2055, ce qui confirme, selon le rapport, « leur importance durable pour l’accessibilité financière, la fiabilité et la sécurité énergétique ». Même dans le scénario dit de transition énergétique accélérée, baptisé « Scénario d’énergie durable », la demande mondiale de gaz atteindrait 6 127 milliards de mètres cubes en 2055, soutenue par un déploiement massif des technologies de captage, utilisation et stockage du carbone (CCUS) à hauteur de 8,9 gigatonnes équivalent CO₂. Le Forum envoie ainsi un message politique clair aux décideurs et aux marchés : miser sur le gaz naturel, loin de contrarier la transition énergétique, constitue une condition de sa réussite.

Samira Ghrib

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *