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Guerre au Moyen-Orient : Le spectre d’un séisme économique mondial

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l’Iran, le conflit au Moyen-Orient produit des ondes de choc qui s’étendent bien au-delà de la région. Le Fonds monétaire international (FMI), l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et plusieurs gouvernements dressent un bilan économique et diplomatique sombre d’un conflit dont personne ne voit encore l’issue.

L’AIE ne prend pas de gants : la guerre au Moyen-Orient a provoqué « le choc d’offre pétrolière le plus grave de l’histoire », avec une perte de dix millions de barils par jour enregistrée le mois dernier. L’agence de l’OCDE prévoit désormais, pour le deuxième trimestre 2026, la plus forte baisse de la demande mondiale de pétrole depuis la pandémie de Covid-19. En rythme annuel, la demande mondiale devrait reculer de 80 000 barils par jour en moyenne, alors que l’AIE anticipait encore, en mars, une croissance de 730 000 barils par jour. La « destruction » de la consommation, d’abord observée au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique, devrait s’étendre à mesure que la pénurie et la hausse des prix persistent, selon la même source.

Le marché pétrolier demeure sous haute tension, malgré une légère détente enregistrée mardi. Le baril de brent de la mer du Nord perdait 0,86 % à 98,51 dollars, tandis que le WTI américain cédait près de 2 % à 97,11 dollars, le marché tablant partiellement sur une désescalade à la suite de déclarations du président américain Donald Trump faisant état d’un contact téléphonique avec Téhéran.

Des économies mondiales inégalement frappées

Le FMI a publié mardi ses nouvelles projections de croissance, sévèrement revues à la baisse. « Avant la guerre, nous nous préparions à relever nos prévisions », a déclaré le chef-économiste de l’institution, Pierre-Olivier Gourinchas. C’est l’inverse qui s’est produit. Dans le scénario de référence, celui d’un conflit « relativement court » avec une perturbation énergétique temporaire, la croissance mondiale est attendue à 3,1 % en 2026, contre 3,3 % projeté en janvier. En cas de prolongation du conflit, le FMI envisage un scénario dégradé ramenant cette croissance à 2 %, un niveau qualifié de rare à l’échelle mondiale. L’inflation mondiale est quant à elle révisée à la hausse : le FMI anticipe désormais une hausse des prix de 4,4 % en moyenne, soit 0,6 point de plus que la précédente estimation.

Les effets sont inégalement répartis. La région Moyen-Orient, Afrique du Nord et Asie centrale est la plus touchée, avec une croissance divisée par deux. L’Arabie saoudite voit sa prévision ramenée à 3,1 %, soit 1,4 point de moins qu’estimé en janvier. À l’inverse, les grands pays émergents résistent mieux : la Chine ne perd que 0,1 point à 4,4 %, l’Inde révise à la hausse de 0,1 point à 6,5 %, et le Brésil gagne 0,3 point à 1,9 %. La Russie bénéficie également de la hausse des cours : ses recettes d’exportation pétrolières ont doublé entre février et mars, passant de 9,7 milliards à 19 milliards de dollars, et sa croissance est revue à 1,1 %, contre 0,8 % en janvier. Parmi les économies avancées, le Royaume-Uni est le plus affecté, avec une révision à la baisse de 0,5 point et une croissance attendue à 0,8 %. La zone euro voit sa prévision corrigée à 1,1 %, en recul de 0,2 point. Les États-Unis résistent davantage, avec une croissance attendue à 2,3 %, en recul de seulement 0,1 point.

La Commission européenne a, par ailleurs, alerté mardi sur de possibles difficultés d’approvisionnement en kérosène dans un « avenir proche ».

Un détroit sous blocus, une diplomatie en quête d’issue

Sur le plan géopolitique, le détroit d’Ormuz demeure le point de friction central. Washington a imposé un blocus militaire sur les ports iraniens du Golfe et de la mer d’Oman. Pékin a jugé cette mesure « dangereuse et irresponsable », estimant qu’elle ne ferait « qu’exacerber les tensions » et fragiliser un accord de cessez-le-feu « déjà fragile ». Deux navires en provenance de ports iraniens ont néanmoins franchi le détroit lundi, malgré le blocus, selon la société de données maritimes Kpler. Face à cette situation, Paris et Londres ont annoncé la tenue vendredi d’une conférence réunissant les pays non belligérants désireux de contribuer à une « mission multilatérale et purement défensive » de rétablissement de la liberté de navigation dans le détroit. Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a indiqué que « plusieurs dizaines de pays » avaient participé aux travaux préparatoires.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré mardi s’être entretenu la veille avec Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian, appelant les deux parties à « reprendre les négociations interrompues » à Islamabad. Téhéran a pour sa part imputé l’échec de ces négociations aux « exigences excessives » de Washington, tout en se disant prêt à poursuivre les discussions par la voie diplomatique.

À Washington, des représentants libanais et israéliens se retrouvaient mardi pour des pourparlers préliminaires sous médiation américaine, dans un contexte de combats persistants. Le Hezbollah a réclamé l’annulation de ces pourparlers, son chef Naïm Qassem les qualifiant de « capitulation ». Sur la scène européenne, l’Espagne, dont le premier ministre Pedro Sanchez effectuait une visite en Chine, a maintenu son opposition à la guerre, estimant que Pékin pouvait « jouer un rôle important » dans la recherche d’une solution négociée. Xi Jinping a, de son côté, reçu mardi plusieurs dirigeants étrangers concernés par les retombées du conflit, affirmant que la Chine continuerait à jouer un « rôle constructif ».

Lyes Saïdi

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