La major britannique obtient une autorisation de prospection auprès d’Alnaft : BP de retour en Algérie
L’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (ALNAFT) a accordé mardi une autorisation de prospection au géant pétrolier britannique British Petroleum (BP), marquant le retour en Algérie d’un acteur majeur de l’industrie énergétique mondiale, trois ans seulement après sa sortie du pays. Une décision qui intervient dans un contexte de regain d’attractivité du domaine minier algérien et qui cible le bassin de l’Est, réputé pour son important potentiel gazier.
Le retour de BP n’est pas anodin. En septembre 2022, le groupe britannique avait annoncé la cession de ses actifs algériens à l’italien Eni, une opération finalisée en février 2023. Étaient concernées deux concessions de production gazière exploitées conjointement avec Sonatrach et le norvégien Equinor : In Amenas, entrée en production en 2006, et In Salah, opérationnelle depuis 2004. Une retrait qui s’inscrivait à l’époque dans le cadre du basculement du modèle énergétique de la compagnie qui misait sur la transition énergétique et de réduction de son portefeuille hydrocarbures. Moins de trois ans plus tard, BP reprend pied dans le pays, cette fois dans une logique d’exploration en amont. Dans son communiqué, ALNAFT indique agir « dans le cadre de sa stratégie visant à renforcer l’attractivité du domaine minier national et à promouvoir de nouvelles opportunités d’exploration ». L’agence présente cette autorisation comme un signal politique autant que technique : « Le retour de BP en Algérie constitue un signal fort de la confiance renouvelée des compagnies internationales dans le potentiel du domaine minier algérien ainsi que dans le cadre de partenariat promu par ALNAFT. »
L’enjeu est considérable. Le domaine minier algérien s’étend sur plus de 1,7 million de km², dont une large part reste encore insuffisamment explorée. ALNAFT souligne qu’elle entend impulser « une nouvelle dynamique fondée sur l’innovation et l’intégration de technologies avancées, afin d’améliorer la connaissance du sous-sol et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour la valorisation des ressources hydrocarbures ». L’autorisation accordée à BP s’inscrit précisément dans cette logique : elle « cible le bassin de l’Est, avec l’ambition de mobiliser des technologies de pointe dans les opérations de prospection afin d’approfondir la connaissance du potentiel énergétique de cette région ».
Cette orientation technologique n’est pas un détail. Dans un secteur où les gisements conventionnels accessibles se raréfient, la capacité à mobiliser des outils d’exploration de nouvelle génération — imagerie sismique haute résolution, modélisation numérique du sous-sol — devient déterminante pour identifier de nouvelles réserves exploitables. En s’associant à un groupe disposant de ces capacités, ALNAFT cherche à accélérer la cartographie d’un sous-sol encore largement méconnu.
Sur le plan de la stratégie nationale, cette décision s’inscrit dans un effort plus large de l’Algérie pour diversifier ses partenariats énergétiques et relancer une exploration qui avait marqué le pas au cours de la décennie précédente. La montée des besoins européens en gaz naturel depuis 2022 — dans le sillage de la crise ukrainienne — et plus récemment sur fond de guerre au Moyen-Orient, a replacé l’Algérie au cœur des priorités géostratégiques de plusieurs capitales occidentales, renforçant son pouvoir d’attraction auprès des majors. ALNAFT conclut en réaffirmant sa volonté de « consolider la dynamique d’exploration, de mobiliser des investissements internationaux de premier plan et de soutenir le développement durable du secteur des hydrocarbures en Algérie, confirmant la position du pays comme destination stratégique pour l’exploration énergétique à l’échelle internationale ».
Samira Ghrib

