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Projet Phosphate intégré : L’Exécutif accélère la cadence

À quelques jours du top départ annoncé pour la fin avril, le ministère des Hydrocarbures et celui des Mines ont tenu mardi une réunion de coordination au siège du ministère des Hydrocarbures pour faire le point sur l’état d’avancement du projet de phosphate intégré de Bled El Hadba et Oued El Kebrit. Une rencontre au sommet qui traduit l’urgence de tenir les délais d’un chantier désormais considéré comme l’un des projets industriels les plus stratégiques d’Algérie.

La réunion a rassemblé le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, et le ministre des Mines et des Industries minières, Mourad Hanifi, en présence de la secrétaire d’État auprès du ministre des Mines, Karima Bekir Tafer, du PDG de Sonatrach, Noureddine Daoud, et du directeur général de Sonarem, Rida Belhadj, ainsi que de cadres des deux secteurs. Les discussions ont porté sur l’avancement des différentes composantes du projet, depuis l’exploitation minière à Tébessa jusqu’au complexe de transformation chimique de Oued El Kebrit, dans la wilaya de Souk Ahras. Ce complexe est appelé à produire une gamme complète d’intrants agricoles — acide phosphorique, acide sulfurique, ammoniac, engrais phosphatés et azotés — « permettant de répondre à la demande nationale et de se tourner vers l’exportation », selon les termes du communiqué conjoint des deux ministères. L’enjeu est double : réduire la dépendance de l’agriculture algérienne aux engrais importés et positionner le pays comme exportateur sur un marché mondial sous tension.

Le volet logistique a également été passé en revue lors de la réunion. Il est indissociable du projet minier lui-même : sans ligne ferroviaire opérationnelle pour acheminer le minerai depuis Tébessa, le gisement ne peut être exploité à pleine capacité. Or, sur ce front, les nouvelles sont encourageantes. Le ministère des Travaux publics a indiqué dans un communiqué distinct que le tronçon Dréa-Oued El Kebrit, long de 30 kilomètres, est « en voie d’achèvement », avec des travaux qui se poursuivent « à un rythme soutenu, jour et nuit, reflétant l’esprit de mobilisation générale et l’engagement total visant à finaliser cette partie stratégique, qui touche à sa phase finale ». Sur l’ensemble du tracé de 422 kilomètres reliant Annaba à Tébessa en passant par Bled El Hadba, les chantiers « connaissent une activité exceptionnelle et une dynamique croissante », selon le même communiqué, qui souligne que la récente visite du ministre des Travaux publics Abdelkader Djellaoui sur le terrain « a fortement motivé l’ensemble des équipes mobilisées ».

À l’issue de la réunion interministérielle, les deux ministres ont appelé à « intensifier la coordination entre les différents acteurs et à garantir le respect des délais fixés », conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, « visant à valoriser les ressources naturelles nationales et à bâtir une industrie de transformation solide fondée sur la valeur ajoutée et le développement durable ».

Le contexte international rend l’enjeu encore plus pressant. Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 13 % des besoins mondiaux en engrais, les cours se sont envolés, passant d’environ 480 dollars la tonne début février à quelque 600 dollars aujourd’hui. Cette tension sur l’offre mondiale place l’Algérie dans une position inédite : celle d’un fournisseur alternatif attendu. Le PDG de Sonarem, Rida Belhadj, avait annoncé fin mars sur les ondes de la Radio nationale que « les travaux de préparation de la mine ont été achevés et le lancement officiel de la phase d’exploitation est programmé pour la fin du mois d’avril ». Il avait précisé que le projet « ne se limitera pas à l’extraction et au traitement du minerai » mais vise « le développement de la chaîne de valeur de l’industrie des engrais », ce qui « hissera l’Algérie au rang des grands acteurs sur le marché mondial ».

Des contrats sont déjà en cours de négociation. En janvier, un accord a été signé entre Somiphos, filiale de Sonarem, et le groupe indonésien Pupuk, premier pas d’un axe Alger-Jakarta dans le domaine des engrais. Le gisement de Bled El Hadba, dont les réserves sont estimées à 1,2 milliard de tonnes, sera le troisième grand projet minier algérien à être lancé cette année, après la mine de fer de Gara Djebilet en février et la mine de zinc et plomb d’Oued Amizour en mars. La course contre la montre est lancée.

Sabrina Aziouez

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