Soudan : Trois ans de guerre, un pays au bord du gouffre
Trois ans après le déclenchement, en avril 2023, du conflit armé entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), le Soudan concentre l’une des crises humanitaires les plus graves au monde : plus de 11 000 personnes disparues, 11 millions de déplacés, 70 % de la population plongée dans la pauvreté et des régions entières au bord de la famine. Un bilan accablant dressé, mardi, par plusieurs organisations internationales à l’occasion du troisième anniversaire d’un conflit qui n’en finit pas. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a été le premier à publier ses chiffres. Selon l’organisation genevoise, le nombre de dossiers de personnes disparues a dépassé les 11 000 cas, dont une hausse de plus de 40 % enregistrée sur la seule année écoulée. James Reynolds, directeur régional adjoint du CICR, a précisé que ces chiffres « ne représentent probablement qu’une fraction des chiffres réels ». Sur l’ensemble des cas recensés, 1 100 seulement ont pu être élucidés à ce jour. Le mouvement des lignes de front a, par ailleurs, provoqué le déplacement de plus de 11 millions de personnes, dont quatre millions ont définitivement quitté le territoire soudanais. La coordinatrice humanitaire des Nations Unies au Soudan, Denise Brown, a quant à elle tiré la sonnette d’alarme depuis Khartoum. Dans un point de presse diffusé lundi, elle a décrit « un cycle continu de répétition » fait de violences sexuelles, de déplacements de population et de tragédies en série. La Commission des droits de l’homme a documenté des atrocités de masse aux alentours d’El Fasher, où 6 000 personnes auraient été tuées en seulement trois jours, un chiffre qualifié de minimal au regard de la réalité du terrain. Dans la région de Dilling, au Kordofan du Sud, les attaques entravent l’acheminement de l’aide, tandis que dans l’État du Nil Bleu, quelque 30 000 personnes ont été contraintes à fuir leurs foyers.
Sur le plan du financement, la situation est tout aussi préoccupante. Denise Brown a révélé que le Plan de réponse humanitaire 2025 n’avait reçu que 35 % des fonds nécessaires, et que seulement 16 % des 2,9 milliards de dollars requis pour 2026 avaient été obtenus à ce jour. Cinq ONG — Action contre la Faim, CARE International, le Comité international de secours, Mercy Corps et le Conseil norvégien pour les réfugiés — ont publié conjointement, lundi soir, un rapport décrivant un effondrement du système alimentaire. Selon ce document, des millions de personnes dans les zones les plus touchées, notamment le Nord-Darfour et le Sud-Kordofan, survivent avec un seul repas par jour, voire moins. Certaines familles consomment des feuilles ou de la nourriture destinée aux animaux. Les organisations soulignent que des exploitations agricoles ont été détruites, des agriculteurs tués et des marchés perturbés par les violences, des fermetures et des pratiques fiscales abusives.
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a, de son côté, publié mardi un rapport sur la pauvreté établissant que près de 70 % des Soudanais vivent désormais sous le seuil de pauvreté, fixé à quatre dollars par jour, contre environ 38 % avant le déclenchement du conflit. Au moins un quart de la population subsiste avec moins de deux dollars quotidiens. Selon ce même rapport, élaboré conjointement avec l’Institut d’études de sécurité (ISS), près de sept millions de personnes ont basculé dans l’extrême pauvreté pour la seule année 2023, et les revenus moyens sont retombés à des niveaux inédits depuis 1992. Les taux d’extrême pauvreté sont désormais supérieurs à ceux enregistrés dans les années 1980. Luca Renda, directeur du PNUD au Soudan, a déclaré que le pays connaissait « l’érosion méthodique de l’avenir d’un pays ». L’ONU estime que plus de 21 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë et que les deux tiers de la population ont un besoin urgent d’assistance, alors que les combats s’intensifient au Kordofan et dans l’État du Nil Bleu. Des donateurs devaient se réunir mercredi à Berlin, dans le cadre d’une conférence internationale visant à relancer des pourparlers de paix et à mobiliser des ressources pour répondre à ce que l’ONU qualifie de l’une des pires crises humanitaires au monde.
L.S.

