Économie

Efficacité énergétique et travaux publics : Une nouvelle organisation et de nouvelles normes

Le Premier ministre Sifi Ghrieb a présidé mercredi à Alger une réunion du gouvernement consacrée à deux chantiers réglementaires majeurs : la création d’une agence nationale unifiée pour l’efficacité énergétique, née de la fusion de deux structures existantes, et l’instauration d’un cadre d’homologation des produits utilisés dans les infrastructures publiques. Deux décrets exécutifs en cours d’examen qui traduisent la volonté des autorités de rationaliser l’appareil d’État et de hisser les standards techniques du pays.

C’est une réforme institutionnelle discrète, mais potentiellement structurante pour la politique énergétique algérienne. Réunis mercredi 15 avril 2026 autour du Premier ministre Sifi Ghrieb, les membres du gouvernement ont examiné un projet de décret exécutif portant création de l’Agence nationale pour l’efficacité énergétique et la maîtrise de l’énergie. Le texte, dont le communiqué des services du Premier ministre a précisé qu’il fixe « ses missions, son organisation et son fonctionnement », marque une rupture avec l’architecture administrative héritée des années précédentes.

Une fusion pour en finir avec l’éparpillement institutionnel

Le projet de décret ne crée pas une structure ex nihilo. Il procède à la fusion de deux organismes publics jusqu’alors distincts : l’Agence pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie, d’une part, et le Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, de l’autre. Deux entités dont les missions se recoupaient largement, au risque de générer des doublons, des conflits de compétences et une dispersion des moyens humains et financiers de l’État. Le communiqué officiel justifie ce regroupement par « une démarche d’optimisation et de rationalisation des structures publiques intervenant dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ». L’objectif affiché est d’assurer, selon le même document, « une coordination et une gouvernance plus efficaces pour accompagner l’ambition de l’Algérie de demeurer un acteur énergétique central ». L’enjeu est de taille. L’Algérie, premier exportateur de gaz naturel du continent africain et fournisseur incontournable de l’Europe du Sud, traverse une période de transition énergétique complexe. Sa consommation intérieure d’hydrocarbures ne cesse de progresser, grignotant les volumes disponibles à l’exportation et pesant sur les équilibres budgétaires. Dans ce contexte, l’efficacité énergétique n’est plus un sujet périphérique réservé aux techniciens : elle est devenue une variable stratégique de premier plan, directement connectée aux recettes en devises du pays.

La création d’une agence unique répond à ce défi en dotant l’État d’un interlocuteur clairement identifié, disposant d’une surface institutionnelle suffisante pour peser dans les arbitrages interministériels et coordonner les acteurs publics et privés. Jusqu’à présent, la coexistence de deux structures aux mandats proches brouillait la lisibilité de la politique nationale en matière d’économies d’énergie et d’énergies renouvelables. La nouvelle agence devra notamment piloter les programmes de rénovation énergétique des bâtiments, encadrer les normes d’efficacité des équipements industriels et domestiques, et accompagner le déploiement des énergies renouvelables à l’échelle nationale. Des missions d’autant plus sensibles que l’Algérie s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de transition énergétique, avec une cible de 15 000 mégawatts d’origine renouvelable à l’horizon 2035.

Des normes pour sécuriser les infrastructures publiques

Le second point inscrit à l’ordre du jour de la réunion gouvernementale concerne un autre pilier du développement économique national : les travaux publics. Le gouvernement a entamé l’examen d’un projet de décret exécutif « fixant les modalités et conditions d’homologation des produits de construction, d’entretien et d’exploitation des infrastructures routières, autoroutières, aéroportuaires, maritimes et ferroviaires », selon les termes du communiqué officiel. Ce texte entend combler un vide normatif dont les conséquences se font sentir sur la durabilité des ouvrages publics algériens. En l’absence d’un référentiel technique contraignant, des matériaux de qualité variable ont pu être incorporés dans des chantiers d’envergure, avec des répercussions parfois sévères sur la longévité des infrastructures et, in fine, sur les coûts de maintenance supportés par le budget de l’État. Le projet de décret vise précisément à y remédier en instaurant « un référentiel fixant les exigences et normes techniques des produits utilisés dans le cadre de la réalisation des travaux publics, garantissant la qualité, la sécurité et la pérennité des infrastructures de base », selon le communiqué gouvernemental. L’homologation obligatoire des matériaux de construction constitue une pratique courante dans les économies développées. Son introduction en Algérie s’inscrit dans un mouvement plus large de mise à niveau du cadre réglementaire technique national, engagé depuis plusieurs années mais dont le rythme s’est accéléré à mesure que l’État a intensifié ses investissements dans les infrastructures. Autoroutes, aéroports modernisés, ports en eau profonde : les projets se multiplient, et avec eux l’exigence de garantir que les matériaux mis en œuvre répondent à des standards rigoureux et vérifiables.

Au-delà de leur objet respectif, les deux projets de décrets examinés mercredi partagent une même logique de fond : celle d’un État qui entend reprendre la main sur des pans essentiels de sa politique de développement, en consolidant ses instruments institutionnels et en imposant des règles du jeu plus claires à l’ensemble des acteurs économiques. La rationalisation des agences publiques d’un côté, la normalisation des produits industriels de l’autre, sont les deux faces d’une même ambition de modernisation administrative et technique.

Salim Amokrane

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