Le Trio Joubran à l’Opéra d’Alger : Un concert à guichet fermé !
Les billets s’arrachent avant même le lever de rideau.
Les billets pour la soirée musicale du Trio Joubran, prévue le vendredi 17 avril 2026 à l’Opéra d’Alger « Boualem Bessaïh », ont été intégralement vendus avant même que la date ne s’inscrive dans les agendas. Une salle comble, des places introuvables, et déjà des appels désespérés sur les réseaux sociaux — « Je cherche deux billets, s’il vous plaît » —, autant de signes qui disent mieux qu’un communiqué officiel la ferveur que suscite ce rendez-vous. Sous le haut patronage de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, Alger s’apprête à vivre une soirée d’exception autour de l’œuvre d’un trio qui a fait du oud sa langue, et de la Palestine sa voix.
C’est sur les pages officielles de l’Opéra d’Alger que l’annonce a été publiée, sobre et définitive : les tickets pour le concert « Vingt printemps » — Ichroune Rabiâan, en arabe — du Trio Joubran sont épuisés. Le message de l’établissement, placé sous la tutelle du ministère de la Culture et des Arts, ne laissait aucun doute quant à l’ampleur de l’engouement : « Nous avons le plaisir de vous informer que les billets du concert artistique du Trio Joubran sont entièrement épuisés. Merci pour votre afflux massif et votre confiance renouvelée. » Aux commentaires, la déception se mêlait à l’enthousiasme : des mélomanes en quête de sésame jusqu’à la dernière minute, des messages de félicitations adressés à l’institution, comme si la salle comble était déjà, en soi, un succès collectif.
Becissa Oussama en première partie
La soirée s’ouvrira sur une première partie confiée au trio algérien Becissa Oussama Trio, annoncé lui aussi par l’Opéra dans un second communiqué, présentant la formation comme un ensemble capable de marier sensibilité, créativité et touche contemporaine. Un choix qui dit quelque chose de la volonté de l’institution de faire dialoguer les générations et les esthétiques, en offrant à une formation locale l’espace d’un grand soir avant que les frères Joubran n’investissent la scène.
Ils sont trois, ils sont frères, et ils ne font qu’un. Samir, Wissam et Adnan Joubran monteront sur les planches de l’Opéra d’Alger pour célébrer vingt ans d’une carrière forgée dans la fidélité absolue à un seul instrument : le oud, ce luth oriental dont ils ont fait, à eux trois, une langue à part entière, mais aussi, inévitablement, la voix de la Palestine. Natifs de Nazareth et héritiers d’une longue dynastie de luthiers, les frères Joubran n’ont pas simplement perpétué un art ancestral : ils l’ont réinventé. Là où le oud s’était toujours imposé comme instrument de soliste, ils en ont fait une conversation à trois voix, inventant une formule inédite dans l’histoire de la musique orientale. Leur démarche ne relève ni de la démonstration technique ni de la surenchère virtuose, mais d’une recherche constante d’équilibre — chacun des trois frères portant sa part sans jamais écraser les deux autres. C’est précisément cette retenue, alliée à une maîtrise souveraine de l’improvisation, qui leur a valu une reconnaissance internationale croissante depuis leurs débuts en 2002. Des salles mythiques comme l’Olympia de Paris ou le Carnegie Hall de New York ont accueilli leurs concerts, invariablement à guichets fermés. Sur scène, accompagnés du percussionniste Youssef Hbeisch, leur compatriote, ils construisent des architectures sonores où la composition écrite et l’improvisation spontanée se fondent sans couture visible. Un regard échangé entre les trois frères suffit à faire basculer la musique dans une autre direction, comme si l’accord se nouait avant les mots. À Alger, ils interpréteront des œuvres tirées de leur répertoire, dont des pages mises en résonance avec la poésie de Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien disparu en 2008, qu’ils ont longtemps accompagné dans ses lectures publiques. Cette alliance du vers et de la corde demeure l’une des expressions les plus abouties de leur art, là où la mélodie prolonge ce que la langue ne peut plus contenir.
Car derrière la musique, il y a la Palestine. Leur sixième album, The Long March, en est la démonstration la plus explicite. Œuvre de longue haleine, il traduit un engagement qui ne se résume pas à un geste symbolique : les Joubran y affirment que leur musique participe, à sa manière, à la lutte d’un peuple pour sa reconnaissance et sa dignité. Pour l’un des titres, Carry the Earth, ils se sont associés à Roger Waters, figure tutélaire de Pink Floyd, dans un hommage à tous ceux qui résistent pour leur terre — et plus particulièrement à la mémoire de quatre jeunes cousins gazaouis tués en jouant au football sur une plage. Écouter le Trio Joubran, c’est faire l’expérience d’une musique qui n’a jamais renoncé à dire le monde et la résistance d’un peuple.
Mohand Seghir

