Marché informel et inclusion économique : Un chantier prioritaire lancé
La ministre du Commerce intérieur a présidé lundi à Alger une rencontre nationale réunissant l’ensemble des acteurs économiques du pays autour d’un chantier prioritaire : l’assainissement du marché national, l’intégration du secteur informel et le renforcement de la protection du consommateur. Un rendez-vous qui traduit la volonté des pouvoirs publics de tourner définitivement la page d’une économie de l’ombre.
C’est dans une salle comble, au carrefour des ambitions économiques et des impératifs de régulation, que s’est ouvert lundi le Forum national intitulé « Amélioration du climat des affaires et organisation du marché national : entre garanties accordées aux entreprises et renforcement de la protection du consommateur ». À la tribune, Amel Abdellatif, ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, entourée d’une brochette de hauts responsables de l’État — conseiller du président de la République chargé des Affaires économiques, ministre du Commerce extérieur, ministre de l’Agriculture, directeur général des Douanes, directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, ainsi que des parlementaires des deux chambres, des présidents de groupes économiques, des représentants du secteur bancaire et des associations de protection des consommateurs. Car ce forum n’est pas une rencontre de plus. Il s’inscrit dans une dynamique de réforme engagée depuis 2020, portée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et visant à transformer en profondeur l’architecture économique nationale. Dans son allocution d’ouverture, Amel Abdellatif a posé d’emblée le cadre conceptuel de cette ambition collective. « Ce forum s’inscrit dans le renforcement du dialogue avec l’ensemble des acteurs économiques autour des questions fondamentales liées à la régulation du marché national et à l’amélioration du climat des affaires, contribuant ainsi à soutenir la dynamique de l’économie nationale et à consolider les règles de transparence et de concurrence loyale », a-t-elle déclaré. Un discours qui ne relève pas du registre protocolaire, mais qui fixe une feuille de route claire à l’ensemble des opérateurs présents.
La ministre a rappelé que le système économique national a connu, depuis 2020, « un processus graduel de réformes » ayant conduit à l’adoption d’un ensemble de mesures juridiques et réglementaires destinées à instaurer un environnement économique « plus lisible et plus stable, fondé sur la transparence, la stabilité des règles et la simplification des procédures administratives ». Une évolution que beaucoup d’opérateurs économiques ont longtemps attendue, dans un pays où la complexité administrative constituait souvent le premier obstacle à l’investissement et à la formalisation des activités.
Des locaux commerciaux aménagés pour les jeunes
Mais c’est sur la question de l’économie informelle qu’Amel Abdellatif a sans doute prononcé les mots les plus attendus. Ce secteur, qui représente en Algérie une part non négligeable de l’activité économique réelle, constitue à la fois un défi de gouvernance et un gisement considérable de richesses inexploitées. La ministre a annoncé qu’un projet est en cours d’élaboration, en coordination avec le ministère de l’Intérieur, les collectivités locales et le ministère des Transports, visant à « affecter des locaux et des espaces aménagés pour l’exercice d’activités commerciales au profit des jeunes à travers les différentes wilayas du pays ». L’objectif est explicitement celui de l’inclusion : « intégrer ces énergies au sein du circuit économique officiel et renforcer la dynamique du marché national », a-t-elle précisé. Cette transition vers la formalisation ne peut se faire, aux yeux de la ministre, sans une numérisation accélérée des transactions économiques. « La généralisation des transactions électroniques représente un pilier essentiel dans la modernisation du marché national, d’autant plus que l’Algérie dispose d’une infrastructure numérique développée », a souligné Amel Abdellatif. Cette infrastructure, combinée à des politiques volontaristes, doit permettre de « renforcer la transparence, réduire la circulation fiduciaire et soutenir l’intégration des activités économiques dans les canaux officiels ». La lutte contre le cash, véritable carburant de l’économie souterraine, apparaît ainsi comme le fil conducteur d’une réforme qui entend s’attaquer aux racines du problème. Sur le terrain de la protection des consommateurs, le bilan présenté est substantiel. Entre 2020 et 2025, pas moins de 21 textes réglementaires ont été publiés, définissant les caractéristiques techniques d’une gamme étendue de produits et de services : boissons rafraîchissantes, fruits et légumes frais, services après-vente, détecteurs de monoxyde de carbone. Ces textes constituent autant d’outils mis à la disposition des services de contrôle et des laboratoires pour garantir la conformité des produits, protéger la santé des consommateurs et promouvoir la qualité nationale. À cela s’ajoutent quatre projets de recherche nationaux visant à développer les techniques de stockage et de conditionnement, à renforcer les outils de détection des fraudes, à numériser les informations sur les produits alimentaires et à étudier la durée de conservation de certaines denrées. L’intégration de la recherche scientifique dans la réponse aux défis commerciaux est un signal fort adressé à un secteur qui souffre encore trop souvent d’un déficit d’expertise technique et d’encadrement réglementaire. La vision portée par Amel Abdellatif repose sur une conviction centrale : la régulation efficace du marché ne peut se construire que sur la confiance mutuelle entre l’État et les opérateurs économiques. « Les autorités publiques assument leur rôle dans l’élaboration des cadres juridiques et réglementaires et dans la garantie d’une application équitable de la loi, tandis que les opérateurs économiques sont attendus dans une démarche d’engagement positif, à travers le respect des règles du marché et l’ancrage de pratiques économiques saines », a-t-elle affirmé. Cette réciprocité des obligations — l’État qui protège et régule, les acteurs économiques qui jouent le jeu de la transparence — constitue le socle philosophique d’une réforme qui ne peut réussir que si elle est appropriée par tous.
Samir Benisid

