La ministre de la Culture et des Arts déroule un programme ambitieux : Faire de l’héritage culturel une ressource économique
La visite du pape François à Alger a été bien plus qu’une escale diplomatique.
C’est du moins ce qu’a affirmé Maliha Bendouda, ministre de la Culture et des Arts, lundi matin sur les ondes de la Radio nationale. Derrière l’événement protocolaire, dit-elle, l’Algérie a su jouer une partition subtile, celle d’une puissance régionale qui mobilise son histoire pour asseoir son influence. Et ce n’est pas un hasard si cette déclaration intervient au moment où son ministère présente au gouvernement un programme de développement 2026-2028 qui rompt avec la logique de simple conservation du patrimoine pour embrasser celle, plus ambitieuse, de sa valorisation économique. « Le programme passe de la philosophie de protection du patrimoine à son utilisation comme véritable levier économique pour le pays », a déclaré la ministre. C’est une inflexion notable dans la politique culturelle algérienne. Depuis 2020, le pays a multiplié les inventaires et classements : plus de 1 126 biens immobiliers culturels répertoriés en cinq ans. Mais classer n’est pas exploiter. La prochaine étape sera donc celle des chantiers de restauration d’envergure, notamment au palais du Bey d’Oran et dans plusieurs mosquées historiques à travers le territoire national. Dix nouveaux musées ont déjà ouvert leurs portes à l’occasion du mois du Patrimoine, et plus de 210 permis de recherche et de fouilles archéologiques ont été accordés.
Diplomatie culturelle
Le volet international du programme n’est pas en reste. Plusieurs rencontres scientifiques sont en cours d’intégration au calendrier de l’Unesco, parmi lesquelles un colloque sur les gravures rupestres et un autre sur la pensée augustinienne. Saint Augustin, né à Thagaste, l’actuelle Souk Ahras, est une figure que l’Algérie revendique pleinement. L’olivier augustinien, les villes de Guelma et d’Annaba qui lui sont associées font partie des dossiers portés devant l’organisation onusienne. Dans un contexte où la diplomatie culturelle s’impose comme un instrument de politique étrangère, ces choix ne sont pas anodins. Ils prolongent, sur le terrain du patrimoine, la logique de soft power que la ministre a évoquée à propos de la visite papale : « La visite s’est transformée en plateforme pour établir l’Algérie comme acteur équilibré dans la région, combinant les références authentiques du pays avec l’ouverture civilisationnelle et culturelle. » L’autre chantier annoncé concerne la musique. Le projet d’orchestre philharmonique, dont l’initiative est portée par la présidence de la République, vise à faire de l’Algérie un rayonnement culturel reconnu au-delà de ses frontières. L’orchestre doit accompagner le chef de l’État dans les forums internationaux et représenter le pays lors des grandes occasions nationales. La ministre y voit une ambition précise : faire de l’Algérie « un phare culturel mondial dans son espace régional et international, alliant authenticité et modernité ».
Mais c’est sans doute le cinéma qui concentre les attentes les plus fortes pour 2026. Bendouda a annoncé un basculement de logique : « Nous passons du soutien aux films au soutien à l’industrie cinématographique elle-même. » Ce glissement sémantique dit beaucoup. Il ne s’agit plus de financer des œuvres au cas par cas, mais de structurer une filière, de la production à la distribution. L’objectif affiché est de passer de 14 salles de cinéma opérationnelles aujourd’hui à au moins 50 d’ici la fin de l’année. Un défi logistique considérable, dans un pays où le réseau de salles s’est effondré après les années 1990 et n’a jamais vraiment retrouvé son niveau d’antan.
Le mois du Patrimoine qui s’ouvre sera, selon la ministre, particulièrement dense. Trois manifestations internationales sont au programme : le Festival du manuscrit, placé sous le titre « Les routes de l’encre en Algérie », un colloque inaugural sur la pensée africaine et méditerranéenne autour de la philosophie de saint Augustin, et le Symposium international sur les gravures rupestres, prévu plus tard dans l’année à Djanet en septembre. Le festival de Timgad reprend également, après plusieurs années d’interruption, et un salon du livre pour enfants accompagnera une réflexion sur l’édition jeunesse, secteur que le ministère veut soutenir en direction des porteurs de projets, des créateurs et des associations.
Mohand Seghir

