Économie

Grands projets d’infrastructures ferroviaires : La levée des obstacles au cœur des priorités

Deux réunions interministérielles en deux jours. Ce n’est pas anodin. Dimanche à Alger, les ministres de l’Energie, Mourad Adjal, et des Travaux publics, Abdelkader Djellaoui, ont passé la matinée à dénouer l’un des problèmes concrets qui ralentissent les grands projets ferroviaires du pays : quand une ligne de chemin de fer croise un réseau électrique ou gazier souterrain, qui déplace quoi, et dans quel délai ? La question peut sembler technique. Elle conditionne pourtant le rythme de deux chantiers dont le président Tebboune a fait des priorités affichées : la ligne minière de l’Est, qui reliera Annaba à Tébessa, et la liaison ferroviaire Alger-Tamanrasset, dont le tracé traverse Laghouat, Ghardaïa, El Menia et In Salah avant d’atteindre l’extrême sud. Des milliers de kilomètres de rail à poser dans des zones où les réseaux Sonelgaz et ses filiales de distribution sont déjà installés, parfois au beau milieu des emprises prévues pour la voie ferrée. Le communiqué conjoint des deux ministères indique que les travaux sur ces points de croisement ont déjà « permis d’accélérer la cadence de réalisation de la ligne minière de l’Est Annaba-Tébessa, grâce à l’intensification des efforts et à la coordination entre les différents intervenants des deux secteurs ». Ce satisfecit officiel recouvre une réalité de terrain : depuis plusieurs mois, les équipes de l’ANESRIF — l’agence nationale chargée du suivi des investissements ferroviaires — et les directions de Sonelgaz travaillent à identifier chaque croisement, à planifier les déviations, à synchroniser les calendriers. Cela prend du temps. Cela prend surtout de la méthode. La réunion de dimanche a précisément porté sur la mise en place de « mécanismes organisationnels et techniques efficaces » pour cartographier l’ensemble des croisements sur le tracé Laghouat-Tamanrasset, avant d’enclencher « le lancement anticipé des travaux de traitement de ces points ». Traduction : on ne veut pas reproduire les retards de la ligne Est, où certains points de croisement avaient été identifiés tardivement, obligeant à des reprises coûteuses. Pour la ligne du Sud, on cherche à anticiper. Les deux ministres ont donné des instructions en ce sens, insistant sur la nécessité de « poursuivre les efforts consentis et réaliser ces grands projets stratégiques dans les délais fixés ».

A la recherche d’ingénieurs compétents

La veille, samedi, Djellaoui était à la même table qu’une autre ministre : Nacima Arhab, responsable de la Formation et de l’Enseignement professionnels. Le sujet, lui aussi, n’a rien d’abstrait. Construire des milliers de kilomètres de voies ferrées, des ports, des échangeurs : cela suppose des techniciens, des conducteurs de travaux, des mécaniciens de maintenance ferroviaire. L’Algérie manque de ces profils. Pas en théorie — en pratique, sur les chantiers ouverts aujourd’hui. La réunion a permis de « présenter et définir les besoins du secteur liés aux projets en cours ou à lancer », avec des « exposés techniques détaillés sur les exigences en matière de formation et les spécialités nécessaires ». Chemins de fer, bien sûr, mais aussi ports — l’ANRIP, l’agence de réalisation des infrastructures portuaires, était représentée — et transports guidés, avec la présence de l’Entreprise du métro d’Alger. Le diagnostic est connu depuis longtemps dans les milieux professionnels : les établissements de formation du secteur des travaux publics — l’Ecole supérieure de management de Sidi Abdellah, l’Ecole des métiers de Djelfa, l’Institut national d’Aïn Defla — fonctionnent souvent en parallèle des grandes entreprises nationales de réalisation, sans coordination suffisante avec les besoins réels des chantiers. Ce que les deux ministres ont décidé de changer en convenant « d’intensifier l’action conjointe afin de développer des spécialités de qualité répondant aux besoins du secteur », avec une « priorité accordée à la main-d’œuvre locale ».

Cette dernière précision n’est pas anodine. Elle renvoie à une réalité sensible dans les régions du Sud : les grands projets arrivent, les emplois qualifiés partent souvent à des travailleurs venus d’ailleurs. Mettre en place des formations adaptées dans les wilayas traversées par la ligne Alger-Tamanrasset — Laghouat, Ghardaïa, El Meniaa, In Salah, Tamanrasset — c’est aussi une promesse économique locale, pas seulement une logistique de recrutement.

Lyna Larbi

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