1000 milliards de centimes détournés, 10 personnes arrêtées, des villas et biens de luxe saisis : Les dessous de la filière de trafic de tabac
Dix arrestations, dix milliards de dinars détournes, des biens saisis des deux côtés de la Méditerranée. Les services de police d’Alger viennent de frapper fort au sein de la United Tobacco Company, entreprise mixte algéro-émiratie spécialisée dans la distribution de tabac, en démantelant un réseau criminel organisé qui aurait dilapidé l’équivalent de 1.000 milliards de centimes de fonds publics.
C’est un communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) qui a mis au jour, mercredi, l’ampleur d’une affaire de prédation économique d’une gravité rare. Des directeurs, des cadres, des employés à différents échelons, des grossistes et des sociétés tierces : le réseau démantelé par le Service central de lutte contre le crime organisé de Saoula s’apparente à une véritable entreprise criminelle installée au cœur d’une entreprise publique, opérant dans l’ombre pendant des années avant d’être mise à nu au terme de trois mois d’enquête minutieuse. Les faits, tels que les décrit la DGSN dans son communiqué officiel repris par l’APS, sont d’une précision accablante. Les enquêteurs de la brigade centrale de lutte contre les crimes économiques et financiers relevant du Service central de Saoula « ont mis au jour le mode opératoire criminel, consistant à commercialiser des produits du tabac de manière illégale par certains employés d’UTC, en enregistrant différents produits dans le système d’information de l’entreprise sans qu’ils ne soient effectivement réceptionnés par les succursales chargées des ventes, pour ensuite les commercialiser en dehors du circuit de l’entreprise par l’intermédiaire de grossistes ». Un détournement à grande échelle, maquillé sous des écritures comptables fictives, conçu pour rester invisible dans les remontées d’information ordinaires de l’entreprise.
La mécanique de la fraude n’a pourtant pas résisté aux opérations d’inventaire. Ces pratiques ont entraîné, précise le même communiqué, « un déficit injustifié dans les stocks de produits du tabac de différentes marques lors des opérations d’inventaire et de révision des comptes financiers de l’exercice 2025, dont la valeur marchande est estimée à près de 500 milliards de centimes, aux prix de vente toutes taxes comprises (TTC) ». Un premier gouffre de 500 milliards de centimes, déjà vertigineux, qui n’était pourtant que la moitié du tableau. Car en poursuivant leurs investigations sur le terrain et leurs enquêtes financières et comptables, sous la supervision du parquet compétent, les enquêteurs ont découvert, toujours selon la DGSN, « un autre trou financier d’une valeur de 500 milliards de centimes, lié à des créances impayées par des clients de l’entreprise, ce qui a permis de déterminer les responsabilités et de procéder à l’arrestation de dix (10) membres du réseau criminel ».
La liste des personnes arrêtées comprend, selon le communiqué, « d’anciens et actuels directeurs et responsables de l’entreprise, des employés de l’entreprise occupant différents niveaux de responsabilité, en sus d’autres individus, de sociétés et d’un grossiste en produits du tabac ».
D’importantes saisies
Mais c’est sans doute le volet des saisies qui frappe le plus les esprits. L’opération a également permis, indique la DGSN, « la récupération et la saisie de revenus, de biens et d’actifs d’une valeur financière importante appartenant à l’un des principaux suspects, à savoir deux (2) villas de luxe, dont l’une située à Alger et l’autre en Espagne, six (6) appartements haut standing, dont cinq (5) en Algérie et un (1) en Espagne, un terrain situé dans la wilaya de Jijel d’une superficie de 900 m2, trois (3) véhicules de luxe, une (1) moto de grosse cylindrée, quatre (4) montres de luxe, un (1) fusil de chasse, et une somme d’argent en monnaie nationale ». Un patrimoine ostentatoire, constitué à l’abri des regards, et dont une partie significative avait déjà franchi les frontières nationales.
À l’issue de l’enquête préliminaire, la DGSN précise que « les suspects ont été présentés devant le procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier de Sidi M’Hamed pour abus de fonction, dilapidation volontaire de deniers publics, octroi d’avantages injustifiés à autrui lors de la conclusion de contrats en violation de la législation et de la réglementation en vigueur, blanchiment d’argent et de revenus criminels en bande criminelle, et infractions à la législation et à la réglementation relatives au change et aux mouvements de capitaux de et vers l’étranger ». Ces arrestations interviennent dans un contexte marquée par des tensions sur le marché du tabac et une explosion des prix de certaines marques.
Rappelons que la UTC SPA est une entreprise mixte algéro-émiratie créée en 2016, née d’un partenariat entre l’État algérien, représenté par le groupe public Madar — anciennement connu sous le nom de Société nationale des tabacs et allumettes (SNTA) — et des investisseurs des Émirats arabes unis. Elle opère dans la production et la distribution de produits du tabac sur le marché national.
À titre de rappel purement contextuel, le groupe Madar est au cœur, depuis fin 2025, d’une affaire impliquant notamment la Société de tabac algéro-émiratie (STAEM) et ayant conduit à des arrestations, dont celle de l’ancien PDG du groupe.
Malik Meziane

