Production de la tomate industrielle à Guelma : Une filière en recul malgré son importance économique
La campagne de culture de la tomate industrielle dans la wilaya de Guelma accuse cette année un recul significatif : les superficies cultivées ont chuté de 3 460 à 1 635 hectares par rapport à la saison précédente, et le nombre de producteurs est passé de 373 à 102. Malgré des rendements qui restent jugés acceptables, cette filière clé de l’agriculture de transformation se heurte à des contraintes structurelles persistantes qui compromettent sa durabilité. Selon des informations recueillies auprès de la Direction des services agricoles (DSA) de Guelma, les producteurs ont consacré 1 635 hectares à la tomate industrielle cette saison, pour une production prévisionnelle estimée à 1,308 million de quintaux, soit un rendement moyen d’environ 800 quintaux à l’hectare. Ces chiffres contrastent nettement avec ceux de la campagne précédente, où 3 460 hectares avaient été mis en culture pour une production de 2,561 millions de quintaux, dont une grande partie avait été livrée aux unités de transformation locales.
Ce recul des superficies s’accompagne d’un désengagement massif des producteurs, dont le nombre a été divisé par près de quatre en une seule saison, passant de 373 à seulement 102. Cette désertion s’explique principalement par les exigences techniques et financières propres à cette culture, qui requiert une irrigation maîtrisée, un suivi agronomique rigoureux et des investissements importants que de nombreux exploitants ne sont pas en mesure d’assurer. La question de l’eau est au cœur du problème. Dans un contexte de pression hydrique liée à la faiblesse des réserves du barrage de Bouhemdane, les autorités avaient pourtant mobilisé, la saison dernière, un quota de 4 millions de mètres cubes d’eau pour soutenir cette filière. Un effort réel, mais insuffisant pour enrayer le recul du nombre de producteurs face à l’incertitude sur la disponibilité de la ressource.
Ces difficultés conjoncturelles ne doivent pas occulter le poids stratégique de la tomate industrielle dans l’économie nationale. Elle constitue la principale matière première de l’industrie agroalimentaire de transformation — concentré de tomate, double concentré, sauces et conserves — un secteur qui contribue à réduire la dépendance aux importations et à valoriser la production agricole locale. La filière joue également un rôle important dans la stabilisation des prix sur le marché intérieur et dans le maintien de la sécurité alimentaire.
Plusieurs régions sont historiquement ancrées dans cette production : El Tarf, Annaba, Guelma et Skikda à l’Est, mais aussi des pôles agricoles majeurs comme Relizane, Mascara et Chlef à l’Ouest. Ces territoires disposent d’unités de transformation structurées et d’un savoir-faire agricole consolidé, qui font de la tomate industrielle un véritable pilier de l’agriculture industrielle nationale. Pour soutenir cette filière, les pouvoirs publics maintiennent plusieurs mécanismes d’appui : des primes à la production fixées à 4 dinars par kilogramme livré aux usines et à 1,5 dinar pour les conserveries, des crédits bancaires à taux bonifiés et un encadrement technique régulier destiné à améliorer les pratiques culturales et à optimiser les rendements. L’adoption progressive de l’irrigation goutte-à-goutte a par ailleurs permis d’améliorer l’efficience de l’eau et la productivité des exploitations.
Malgré le bilan en demi-teinte de cette saison, les responsables de la DSA restent optimistes quant à la campagne en cours, dont la récolte est attendue au début du mois de juillet. Les précipitations enregistrées ces derniers mois pourraient en effet contribuer à améliorer les rendements à l’hectare et à atténuer partiellement l’effet de la baisse des superficies.
Au-delà des aléas de cette campagne, la tomate industrielle demeure un maillon indispensable de la souveraineté alimentaire et du développement agro-industriel algérien. Sa relance durable passera par la sécurisation des ressources hydriques, la modernisation des pratiques et la restauration de l’attractivité économique de la filière pour les producteurs.
Sofia C.

