Ghaza : Le « blocus total des moteurs » précipite l’effondrement humanitaire
Plus de deux ans après le début de l’agression génocidaire sioniste, la bande de Ghaza vit un nouveau palier dans la catastrophe humanitaire. L’occupation sioniste a ajouté à l’arsenal du siège une arme silencieuse mais dévastatrice : le blocus systématique de tout ce qui fait tourner un moteur. Pièces détachées, huiles de fonctionnement, pneus, carburant — rien n’entre. Ce qui ressemblait il y a quelques mois à une contrainte logistique est devenu une menace directe sur des vies humaines, avec des salles d’opération au bord de l’arrêt, des services municipaux paralysés et une population de plus en plus livrée à elle-même dans une enclave assiégée. Le bilan de l’agression est éloquent dans sa brutalité : 72.612 martyrs et 172.457 blessés depuis le 7 octobre 2023, en majorité des femmes et des enfants, selon les autorités sanitaires palestiniennes. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre dernier, 832 Palestiniens sont tombés en martyrs et 2.354 autres ont été blessés. Des centaines de corps restent encore sous les décombres. Ces chiffres, déjà vertigineux, risquent de s’alourdir davantage si l’effondrement des infrastructures de santé n’est pas enrayé. Car derrière les ruines visibles des immeubles et des quartiers rasés, c’est une infrastructure invisible qui s’effondre à son tour. Mazen Al Arayeshi, directeur général de l’ingénierie et de la maintenance au ministère de la Santé de Ghaza, dresse un tableau alarmant : 90 générateurs hospitaliers ont été mis hors service, et les 38 restants fonctionnent au-delà de leur capacité maximale, avec des réserves d’huile dérisoires. Le secteur de la santé a besoin de 2.500 litres d’huile par mois pour maintenir la continuité des soins. Ce seuil n’est plus atteint depuis longtemps. Tout arrêt de ces générateurs plongerait immédiatement dans l’obscurité des blocs opératoires, des services de néonatologie où survivent des nouveau-nés sous incubateurs, des unités de dialyse, ainsi que les chambres froides où sont conservés vaccins et poches de sang. La crise des médicaments, déjà documentée, n’est plus que la partie émergée d’un système en train de s’écrouler de l’intérieur.
Médecins Sans Frontières a confirmé dimanche depuis Genève l’ampleur du désastre sanitaire : près de 90% des infrastructures de santé de la bande de Ghaza ont été détruites ou partiellement endommagées par l’agression sioniste. Les hôpitaux encore debout fonctionnent avec des capacités extrêmement réduites, dans un contexte de pénurie aiguë de médicaments et de fournitures médicales. L’ONG, qui s’exprimait à l’occasion de l’anniversaire de la résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU sur la protection des missions médicales en zone de guerre, a dénoncé un mépris flagrant de cette protection à Ghaza, où les attaques directes contre les équipes soignantes et les difficultés d’accès aux structures de santé ont provoqué une hausse des taux de mortalité faute de soins. Ce qui était autrefois une exception est devenu la norme.
La crise ne se limite pas aux hôpitaux. Hosni Mhanna, porte-parole de la municipalité de Ghaza, alerte sur une paralysie progressive des services essentiels. Sans lubrifiants ni pièces de rechange, les engins lourds ne peuvent plus ouvrir les routes, déblayer les décombres, collecter les ordures, acheminer l’eau potable ni faire fonctionner les puits. L’agression génocidaire sioniste a détruit près de 85% des véhicules municipaux. Les rares engins encore opérationnels sont menacés d’un arrêt total à tout moment. Pendant ce temps, les milliers de déplacés qui survivent sous des tentes voient leurs besoins humanitaires croître chaque jour sans que les moyens d’y répondre suivent.
Ismaïl Al Thawabta, directeur du Bureau d’information gouvernemental, est sans ambiguïté : l’interdiction d’entrée des huiles de moteurs n’est pas une conséquence collatérale du blocus, c’est une décision délibérée, un choix politique assumé par l’occupation sioniste pour aggraver la crise humanitaire et précipiter l’effondrement de ce qui reste d’une société sous siège. La communauté internationale, de son côté, est appelée par MSF à assumer ses responsabilités de toute urgence pour garantir la sécurité des soignants et des patients, et mettre fin à l’impunité qui permet la multiplication des attaques contre le secteur de la santé. Un appel qui résonne dans le vide depuis plus de deux ans, pendant que Ghaza compte ses morts et tente de faire tourner ses derniers générateurs.
L.S.

