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Un expert américain appelle Washington à « s’engager » avec Alger : Des atouts géopolitiques qui pèsent

Les récentes visites de hauts responsables américains à Alger, venues à l’initiative de Washington, traduisent une réalité que les analystes anglo-saxons commencent à formuler sans détour : les États-Unis ne peuvent pas se permettre d’ignorer l’Algérie. C’est du moins ce qu’affirme Geoff D. Porter, président de North Africa Risk Consulting et chercheur au Centre de lutte contre le terrorisme, qui appelle directement à un engagement américain plein et entier avec Alger.

Ce n’est pas Alger qui a sollicité Washington. C’est Washington qui s’est déplacé. Les enjeux de la visite du sous-secrétaire d’État Christopher Landau, suivie de celle du général Dagvin Anderson de l’Africom, le commandement militaire américain pour l’Afrique, ont été soulignés par Geoff Porter. « Cela signifie que, quelles que soient les relations de l’Algérie avec le reste du monde, les États-Unis reconnaissent en permanence que l’Algérie est une puissance régionale qu’on ne peut pas ignorer », a-t-il déclaré lors d’un entretien avec AL24 News. Et d’ajouter, sans ambages : « Que les États-Unis soient d’accord ou non avec la politique étrangère ou intérieure de l’Algérie, cela importe peu. Les États-Unis doivent s’engager avec l’Algérie. » Porter l’explique par une convergence de facteurs que l’Algérie a su, selon lui, faire jouer en sa faveur avec une certaine habileté stratégique.

Gaz, minerais, stabilité

Le premier atout est énergétique. Dans un contexte où les tensions persistantes dans le Golfe persique fragilisent les chaînes d’approvisionnement mondiales, l’Algérie apparaît comme une alternative solide pour l’Europe. « Les crises du Golfe ont accru la prise de conscience mondiale de l’importance de l’Algérie en tant que fournisseur fiable de gaz naturel pour l’Europe », souligne Porter, qui voit dans cette dynamique une fenêtre d’opportunité pour Alger. Aucun contrat annulé, aucune livraison manquée : le bilan algérien en matière de fourniture de gaz est, selon lui, sans tache. « L’Algérie est sans aucun doute un fournisseur fiable pour le marché européen et au-delà. Elle n’a pas résilié un seul contrat ni failli à la livraison d’une seule molécule. »

Mais c’est sur les minerais critiques que l’attention de l’analyste se focalise davantage. L’Algérie dispose de réserves de terres rares et de métaux stratégiques dont le recensement précis est encore en cours. L’expert note que les premières étapes réglementaires ont été franchies — loi sur l’investissement, cadre d’exploitation minière — mais que le pays doit encore « mieux comprendre la nature et la qualité de ses terres rares et des mécanismes par lesquels les entreprises internationales peuvent l’aider à développer ces gisements ». La demande mondiale sur ces ressources, portée par la transition énergétique et l’essor des technologies vertes, offre à l’Algérie un levier considérable si elle parvient à structurer rapidement ce secteur.

Troisième pilier : la stabilité politique intérieure, qui contraste avec le reste de la région. Porter y voit le résultat d’une gestion délibérée. Sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, explique-t-il, les revenus pétroliers ont été redistribués sur l’ensemble du territoire, y compris dans les wilayas du Sud comme Béchar et Tamanrasset, évitant ainsi la concentration des richesses dans les seuls pôles d’Alger et d’Oran. « L’environnement géopolitique a évolué et a permis à l’Algérie de se consolider comme un îlot de stabilité », résume-t-il.

Une diplomatie de la diversification

Ce que Porter appelle la « stratégie intelligente » de l’Algérie, c’est avant tout sa capacité à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Historiquement dépendante d’un nombre limité de compagnies pétrolières internationales pour développer son amont énergétique, l’Algérie a, selon lui, « à juste titre reconnu que cela constituait une menace pour l’intérêt national » et s’est employée depuis une décennie à diversifier le profil de ses partenaires industriels. « Cette diversification des entreprises réduit tout risque », note l’analyste.

Dans ce cadre, le projet de gazoduc transsaharien, piloté par Sonatrach, est présenté comme un exemple d’ambition régionale : en reliant les pays du Sahel au réseau énergétique algérien, il permettrait d’étendre l’empreinte économique d’Alger bien au-delà de ses frontières, tout en favorisant le développement de zones enclavées. L’Algérie a également maintenu des canaux ouverts avec la Tunisie, le Niger et le Tchad, et tenté de préserver des liens avec le Mali malgré la trajectoire politique difficile de Bamako.

L’équation industrielle

Porter ne cache pas que des tensions subsistent entre les ambitions algériennes et les attentes des investisseurs étrangers. Le rythme auquel les compagnies internationales souhaitent avancer ne correspond pas toujours à « la gestion stable du secteur des hydrocarbures » que pratique Alger. Et la question de l’énergie domestique complique encore le tableau : l’Algérie a besoin de gaz pour alimenter son propre développement industriel — elle a, dit-il, « la capacité de devenir une puissance industrielle » — ce qui impose de trouver un équilibre délicat entre les engagements à l’export et les besoins intérieurs. « Il faut trouver un équilibre entre l’approvisionnement du marché européen et la garantie du développement économique en Algérie », résume-t-il. Une équation complexe, mais pas insolvable. Ce que Porter laisse entendre, en filigrane, c’est que l’Algérie joue une partition longue — trop longue, peut-être, pour les agendas trimestriels des multinationales ou les cycles électoraux des chancelleries occidentales. Mais une partition cohérente et que les partenaires internationaux ne peuvent se permettre « d’ignorer

Salim Amokrane

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