Fraude au examens nationaux : La Justice veille au grain !
À la veille du coup d’envoi du BEM, le Cour d’Alger a réuni lundi magistrats, enquêteurs et spécialistes des nouvelles technologies autour d’un thème qui revient chaque année comme un leitmotiv : la tricherie aux examens officiels. La journée d’étude, consacrée à « la protection pénale de l’intégrité des examens finals du moyen et du secondaire entre approche préventive et dissuasive », a été l’occasion de dresser un bilan encourageant — et de formuler des recommandations pour aller plus loin.
Le constat central mérite d’être souligné. Depuis l’adoption de la loi 06/20 modifiant le code pénal, les affaires de fraude aux examens du BEM et du baccalauréat ont connu « un recul sensible », selon le juge d’instruction au tribunal de Chéraga, Kouissi Walid. Ce texte a introduit une incrimination explicite de plusieurs comportements : la publication ou la fuite de sujets et de corrigés, ainsi que l’usurpation d’identité de candidats. Autrement dit, diffuser un sujet d’examen sur les réseaux sociaux avant l’épreuve est désormais un délit pénal, pas une simple faute disciplinaire.
Le président de la Cour d’Alger, Mohamed Bouderbalah, a mis en avant la complémentarité entre répression et prévention. Selon lui, la protection des examens officiels passe autant par « le renforcement de la conscience sociale et la coordination entre les différentes institutions concernées » que par la sanction judiciaire. Un équilibre que le parquet général revendique également : dans une allocution lue en son nom par le procureur général adjoint Fouad Mansour, le procureur Mohamed Benboudiaf a précisé que « le rôle du parquet ne se limite pas à l’aspect répressif, mais englobe aussi la dimension préventive à travers la surveillance de l’espace numérique et la coordination avec les services de sécurité et les organismes éducatifs ».
La dimension technologique est au cœur du problème. Le commandant Benaicha Salah-Eddine, cadre à l’Organe national de prévention et de lutte contre les infractions liées aux technologies de l’information et de la communication, a centré son intervention sur les outils numériques utilisés pour tricher : diffusion de sujets via des applications de messagerie, vente de corrigés en ligne, coordination à distance pendant les épreuves. Il a appelé à « intensifier les actions de sensibilisation de la part du ministère de l’Éducation nationale, en coordination avec le ministère de la Justice et les services de sécurité compétents ».
En clôture, les participants ont adopté plusieurs recommandations concrètes. Ils ont d’abord plaidé pour que les médias s’emparent davantage du sujet, en produisant « des programmes ciblés traitant du phénomène de la triche aux examens, informant les candidats des préjudices causés par ce comportement grave et en clarifiant ses répercussions ». Ils ont également demandé le déploiement généralisé de détecteurs de fréquences dans les centres d’examen, pour neutraliser les appareils électroniques dissimulés par certains candidats.
Cette journée s’inscrit dans un effort plus large de l’État pour restaurer la crédibilité des examens nationaux, après des années marquées par des scandales de fuites à répétition qui avaient profondément ébranlé la confiance dans le système éducatif. La loi de 2020 a constitué un tournant. Les chiffres semblent le confirmer. Reste à ancrer ces résultats dans la durée, à l’heure où les outils de diffusion numérique se renouvellent plus vite que les textes qui les encadrent.
Malik Meziane

