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Attaf à Séoul : L’Algérie au cœur du face-à-face Afrique-Corée

Chargé d’une mission par le président Tebboune, le chef de la diplomatie algérienne est arrivé dimanche à Séoul pour prendre part à la réunion ministérielle du partenariat Afrique-Corée, prévue les 1ᵉʳ et 2 juin. Une présence qui dit beaucoup sur la place qu’Alger entend occuper dans la recomposition des relations entre le continent et l’Asie.

Ahmed Attaf a posé le pied sur le tarmac de l’aéroport international d’Incheon avec, dans sa mallette diplomatique, deux mandats distincts mais indissociables : représenter l’Algérie dans l’enceinte multilatérale du partenariat Afrique-Corée, et consolider en marge une relation bilatérale qui, depuis quelques années, a pris de l’ampleur. Le ministère des Affaires étrangères a été explicite dans son communiqué : la participation algérienne à cette réunion ministérielle « s’inscrit dans le cadre de son engagement à renforcer le partenariat stratégique bilatéral avec la République de Corée, pays ami, et à soutenir les efforts visant à orienter le partenariat Afrique-Corée au service des objectifs de développement consacrés par l’Agenda continental 2063 ».

Deux ans après le premier Sommet Afrique-Corée, tenu les 4 et 5 juin 2024 dans la capitale sud-coréenne, cette réunion ministérielle est en quelque sorte l’heure des comptes. L’ordre du jour est consacré à l’évaluation des progrès réalisés dans la mise en œuvre des conclusions et résultats de ce sommet inaugural, à l’examen des perspectives de développement du partenariat et à la préparation des prochaines échéances. Autrement dit : les belles déclarations de juin 2024 ont-elles été suivies d’effets concrets ?

À Séoul, il y a deux ans, les ambitions affichées étaient considérables. Le président coréen avait promis 14 milliards de dollars de crédits à l’exportation aux entreprises sud-coréennes pour qu’elles pénètrent les marchés africains, et s’était engagé à verser 10 milliards de dollars d’aide publique au développement à l’Afrique d’ici 2030. En contrepartie, Séoul attendait de l’Afrique une coopération sur l’accès aux minerais critiques — cobalt, lithium, manganèse — indispensables à son industrie des véhicules électriques. 47 accords avaient été signés avec 23 pays africains lors du sommet, une densité contractuelle qui restait à transformer en réalités tangibles.

Le thème retenu pour ce premier sommet — « L’avenir que nous construisons ensemble : croissance partagée, durabilité et solidarité » — avait le mérite d’afficher la couleur. Reste que plusieurs observateurs avaient immédiatement pointé un déséquilibre structurel : la Corée du Sud venait à cette table avec des besoins précis en ressources naturelles, quand les pays africains arrivaient avec des aspirations d’industrialisation encore mal articulées. La réunion de Séoul des 1ᵉʳ et 2 juin est l’occasion de mesurer si cet écart s’est réduit.

L’Algérie dans son rôle de chef de file continental

La présence d’Attaf à Séoul ne surprend pas ceux qui suivent le déploiement de la diplomatie algérienne depuis quelques années. Alger a accueilli, début septembre 2025, la Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), marquée par une participation record et la signature de contrats d’un montant de 48 milliards de dollars, un chiffre inédit dans l’histoire de cet événement panafricain. Quelques semaines plus tôt, Attaf effectuait une tournée au Cameroun et en République centrafricaine en sa qualité d’envoyé spécial du président Tebboune. Fin mai, il annonçait l’objectif de porter le réseau africain d’Air Algérie à vingt lignes, transformant l’aéroport d’Alger en hub continental.

Ce foisonnement d’initiatives n’est pas improvisé. Il traduit une doctrine : l’Algérie entend peser sur la définition des cadres de coopération qui engagent le continent, et pas seulement en être un bénéficiaire passif. À Séoul, cette posture se manifeste concrètement dans la volonté affichée par le MAE de faire du partenariat Afrique-Corée un levier au service de l’Agenda 2063 de l’Union africaine — la feuille de route qui fixe les objectifs d’industrialisation et de souveraineté économique du continent à l’horizon de la mi-siècle.

L’expertise sud-coréenne en matière de transition numérique, d’infrastructures et d’industries de transformation correspond point par point aux secteurs que l’UA cherche à développer. Mais la direction d’Alger est claire : cette expertise doit servir à renforcer les capacités africaines, pas à créer de nouvelles dépendances.

Une relation bilatérale en pleine accélération

Au-delà de l’enjeu multilatéral, le déplacement d’Attaf offre aussi une fenêtre sur l’état d’une relation bilatérale en nette progression. L’Algérie est l’unique pays africain à disposer d’une relation de partenariat stratégique avec la Corée du Sud — un statut qui lui confère, de fait, une position particulière dans les interactions entre Séoul et le continent.

Les chiffres racontent eux-mêmes cette montée en puissance. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays avait atteint 3,4 milliards de dollars en 2023, avec une balance favorable à l’Algérie. En 2025, ce chiffre a franchi la barre des 3,9 milliards de dollars, une progression notable sur deux ans. Les hydrocarbures constituent le cœur de ces échanges : la Corée du Sud figure parmi les tout premiers acheteurs de pétrole algérien, attirée par la qualité du brut saharien — faible teneur en soufre — et par la fiabilité des livraisons assurées par Sonatrach. Séoul, qui cherche depuis des années à diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique pour réduire sa dépendance au Golfe, a fait de l’Algérie un fournisseur alternatif crédible.

Mais la relation dépasse désormais le seul registre énergétique. En novembre 2025, Alger accueillait un forum économique algéro-coréen placé sous le thème « Partenariat manufacturier mondial Corée-Algérie », co-organisé par l’ambassade de Corée et l’Agence coréenne de promotion du commerce et des investissements (Kotra), avec la participation de l’Agence algérienne de promotion des investissements. L’objectif : identifier les filières industrielles dans lesquelles les deux économies peuvent se compléter, de la construction de véhicules à la pétrochimie en passant par le numérique. Hyundai, déjà présente sur le marché algérien, incarne cette volonté de déploiement industriel coréen bien au-delà des hydrocarbures.

Salim Amokrane

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