Culture

Un colloque international sur le patrimoine manuscrit s’ouvre à Alger : Un soft power ancré dans l’histoire

Réuni sous le haut patronage du président de la République Abdelmadjid Tebboune, un colloque international s’est ouvert lundi à Alger autour d’un enjeu civilisationnel majeur, la préservation des manuscrits algériens, témoins d’une histoire pluriséculaire que le colonialisme français a tenté d’effacer.

C’est dans le cadre solennel du Centre international des conférences Abdelatif-Rahal qu’a retenti, lundi, un appel à la mémoire collective. Le Colloque international sur le patrimoine manuscrit en Algérie a ouvert ses travaux devant une assistance de hauts responsables d’État, de membres du gouvernement et d’experts venus de plusieurs pays. Une mobilisation à la hauteur des enjeux. Des centaines de milliers de manuscrits, éparpillés aux quatre coins du territoire national et au-delà des frontières africaines, attendent encore d’être sauvegardés, catalogués, numérisés. La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a ouvert le débat avec une conviction affichée. L’Algérie, a-t-elle affirmé, n’a pas attendu pour agir. Elle a « mis en place les institutions qualifiées pour accomplir cette noble mission » de protection du patrimoine manuscrit national. En première ligne de ce dispositif, la Bibliothèque nationale d’Algérie, décrite par la ministre comme « le premier rempart ayant sauvé notre patrimoine manuscrit des tentatives de brûlage, de vol et de destruction par le colonialisme ».

Un dispositif institutionnel renforcé

Au-delà de la Bibliothèque nationale, la création du Centre national des manuscrits d’Adrar constitue un autre pilier de cette architecture de préservation. Dédié à la protection, la documentation et la restauration, ce centre travaille en étroite collaboration avec les détenteurs privés de fonds manuscrits, ces familles qui, de génération en génération, ont veillé sur des trésors souvent ignorés des radars officiels. Malika Bendouda leur a rendu un hommage appuyé, saluant « leurs efforts considérables et leur travail assidu et responsable pour préserver et sauver des milliers de manuscrits conservés dans leurs bibliothèques ».

Ces gardiens de la mémoire ne sont pas des acteurs isolés. La ministre a rappelé que ces familles sont « présentes sur l’ensemble du territoire national » et que « leur influence s’est étendue jusqu’au cœur de l’Afrique grâce à leurs anciens voyages et déplacements pour diffuser l’Islam et transmettre les sciences et le savoir dans les régions les plus éloignées ». Une géographie du savoir qui redessine les contours d’une Algérie rayonnante, bien avant les États-nations contemporains.

Le propos de la ministre ne s’est pas limité à la conservation patrimoniale. Il a pris une dimension géopolitique assumée. « Le manuscrit n’est pas seulement un support religieux et de connaissances », a-t-elle soutenu, « mais constitue également un élément d’un contexte géopolitique et d’un dialogue civilisationnel entre l’Algérie et son environnement. » Mieux encore, il représente, selon elle, « notre message humanitaire aux autres peuples et le soft power ayant fondé notre diplomatie culturelle ».

Une lecture qui résonne particulièrement dans le contexte actuel, où l’Algérie entend consolider son leadership continental. Le colloque lui-même a été qualifié par Bendouda de « renaissance de ces itinéraires sacrés qui ont façonné l’essence de notre identité africaine ». L’Algérie comme point de départ, terre d’accueil et de transit des grandes expéditions du savoir vers l’Afrique subsaharienne, le récit est cohérent et il est porté au plus haut niveau de l’État.

La numérisation, urgence du moment

Sur le terrain du concret, des annonces ont été faites. Le secteur de la culture est parvenu à « numériser des milliers de manuscrits » et ambitionne de « doubler ce chiffre au cours des deux prochaines années », a précisé la ministre. Pour y parvenir, des alliances inédites ont été nouées, notamment avec l’Armée nationale populaire, à travers la Direction des fabrications militaires, saluée pour « sa réactivité dans la fabrication de camions-laboratoires mobiles pour la restauration des manuscrits ». Une coopération qui traduit le caractère stratégique désormais accordé à cette mission. Malika Bendouda a également annoncé le lancement d’un « projet ambitieux destiné aux chercheurs pour l’impression de leurs ouvrages révisés », assorti de « l’allocation d’importants budgets » pour encourager ceux qui s’investissent dans ce domaine. La modernisation des laboratoires de conservation et l’intensification des opérations de numérisation figurent également au programme.

Le message est clair, la bataille pour les manuscrits n’est plus seulement culturelle. Elle est politique, diplomatique, et désormais pleinement assumée comme telle par l’État.

Mohand Seghir

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