Économie

Récolte céréalière 2026 : Une mobilisation générale au service de la souveraineté alimentaire

La campagne nationale de moissons-battages 2026 confirme les ambitions des pouvoirs publics de faire de la filière céréalière un véritable levier de souveraineté économique. Face à des rendements qualifiés d’exceptionnels dans plusieurs régions du pays, notamment pour l’orge et le blé, l’ensemble des acteurs de la chaîne de production a été placé en état de mobilisation permanente afin d’assurer une prise en charge optimale des récoltes. Dans un communiqué rendu public jeudi, le ministère de l’Agriculture a annoncé que toutes les ressources humaines et matérielles disponibles avaient été mobilisées sept jours sur sept, y compris les week-ends et les jours fériés. Des équipes de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), des Coopératives de céréales et de légumes secs (CCLS), des directions des services agricoles ainsi que de la société Agro Drive sont déployées sur le terrain afin d’accompagner les agriculteurs tout au long des opérations de récolte, de transport et de stockage. Cette organisation traduit la volonté de l’État de ne perdre aucun quintal d’une production qui pourrait constituer un tournant pour la filière céréalière nationale. Dans plusieurs wilayas, les équipes de l’OAIC assurent une permanence de 24 heures sur 24 afin de fluidifier la réception des récoltes et d’éviter tout ralentissement susceptible d’affecter la qualité des céréales.

Une récolte historique qui met à l’épreuve les capacités logistiques

L’importance des volumes attendus exerce toutefois une forte pression sur les moyens de récolte disponibles. Plus de 1.100 moissonneuses-batteuses ont été mobilisées à l’échelle nationale, mais la précocité de la maturation du blé, conjuguée à une récolte exceptionnelle de l’orge, a provoqué une demande simultanée en matériel agricole. Le directeur général d’Agro Drive avait déjà alerté, dès le mois de mai, sur cette situation en soulignant que des commissions locales avaient été installées afin de répartir les équipements de manière équitable entre les exploitants. Selon lui, l’une des principales difficultés demeure la répartition inégale du parc de machines sur l’ensemble du territoire national. Filiale stratégique du groupe public AgroDrive, l’entreprise poursuit ses investissements dans la mécanisation agricole avec l’acquisition de 331 moissonneuses-batteuses et de 1.800 tracteurs destinés à renforcer les capacités nationales. Cette politique s’inscrit dans une vision globale visant à améliorer la productivité des exploitations et à réduire les délais de récolte.

Les investissements consentis ces dernières années dans les infrastructures de stockage commencent également à produire leurs effets. Les nouveaux centres de collecte enregistrent un afflux continu de camions et de remorques agricoles, certains silos atteignant déjà plus de 90 % de leur capacité. Cette évolution marque un changement profond dans les habitudes de commercialisation des producteurs. L’orge, autrefois souvent conservée dans les exploitations ou écoulée en dehors des circuits organisés, est désormais dirigée massivement vers les centres de collecte agréés, contribuant ainsi à une meilleure maîtrise des stocks stratégiques du pays. Les CCLS jouent un rôle central dans cette dynamique, notamment grâce à la prise en charge gratuite du transport des récoltes vers les silos, une mesure qui allège considérablement les charges supportées par les agriculteurs tout en accélérant les opérations de collecte.

La mécanisation, un investissement stratégique pour l’avenir

La modernisation de la filière passe également par le renouvellement du parc national de matériels agricoles. Produites localement sous licence Sampo, les moissonneuses-batteuses commercialisées en Algérie ont permis de rajeunir progressivement les équipements disponibles. De nouveaux modèles plus performants, à l’image de la Sampo Comia C10 dotée d’une largeur de coupe de 5,10 mètres, devraient prochainement renforcer les capacités de récolte. L’État continue par ailleurs de soutenir l’acquisition de ces équipements grâce à des dispositifs de financement avantageux. Alors qu’une moissonneuse-batteuse représente un investissement avoisinant les 12 millions de dinars, les agriculteurs ne financent qu’une partie de son coût, le reste étant pris en charge dans le cadre des mécanismes publics d’accompagnement destinés à encourager la modernisation des exploitations. Au-delà des performances agricoles enregistrées cette saison, cette campagne confirme la montée en puissance d’une politique publique qui place la sécurité alimentaire au cœur des priorités nationales. En renforçant les capacités de production, de collecte, de stockage et de transformation, les pouvoirs publics poursuivent un objectif stratégique, celui de  faire de la filière céréalière l’un des principaux piliers de la diversification économique et réduire progressivement la facture des importations de céréales, tout en consolidant la résilience de l’agriculture algérienne face aux défis climatiques et aux tensions sur les marchés internationaux. La campagne 2026 pourrait ainsi constituer un véritable point d’inflexion pour l’agriculture nationale.

Sofia Chahine

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