Conférence sur les opportunités d’investissement en Algérie :Un nouveau logiciel économique
La 57e Foire internationale d’Alger a été l’occasion de mieux présenter, devant un parterre de diplomates et d’opérateurs économiques, le bilan de ses réformes engagées dans le secteur de l’investissement et l’état de l’attractivité du marché algérien.
La ministre du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national, Amel Abdellatif, a conduit, samedi en marge de la FIA, les débats d’une conférence nationale intitulée « l’Algérie, potentiel, réformes et compétitivité pour une économie génératrice de richesse » et a posé le cadre sans détour, « l’Algérie ne se contente plus d’offrir des opportunités d’investissement, mais propose une nouvelle vision économique fondée sur la stabilité, la réforme, la production et le partenariat durable, ce qui en fait un partenaire fiable dans son environnement régional et international. »
Devant des représentants du corps diplomatique accrédité à Alger, des opérateurs économiques et les premiers responsables de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), du Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI), la ministre a dressé le bilan des « réformes structurelles inédites » engagées sous la conduite du président Abdelmadjid Tebboune. Le catalogue est large, entre actualisation du cadre juridique de l’investissement, amélioration du climat des affaires, modernisation de l’administration, numérisation des services publics, développement du paiement électronique, réforme du système financier et fiscal. L’objectif affiché n’est pas la présentation d’un bilan mais l’ouverture d’un débat technique entre acteurs économiques sur les moyens d’accélérer l’investissement, d’approfondir l’intégration industrielle et de renforcer les exportations hors hydrocarbures.
Sortie de la liste grise du GAFI, une rupture
Le président de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (ABEF), Mohand Bourai, a choisi de rappeler la récente sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) laquelle constitue, selon lui, « un indicateur positif attestant de la conformité de l’Algérie aux normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive », ce qui permettra de « consolider la confiance des investisseurs et de tirer profit d’un climat des affaires fondé sur la transparence et la crédibilité ». Bourai a également fait le rappel de l’extension du réseau bancaire algérien au-delà des frontière avec l’ouverture de succursales de banques algériennes en Mauritanie, au Sénégal et en France, un mouvement offensif qui vise à lever les obstacles financiers auxquels se heurtent les investisseurs et à accompagner la projection commerciale du pays vers l’Afrique et l’Europe.
Les chiffres présentés par le directeur général de l’AAPI, Omar Rekkache, donnent une première mesure concrète de l’attractivité retrouvée. L’agence a enregistré 353 projets d’investissement étranger, dont 146 d’investissement direct et 207 réalisés en partenariat. Ces projets sont, selon lui, « le fruit des réformes menées par les pouvoirs publics, lesquelles ont permis de créer un climat des affaires plus attractif pour les investisseurs », notamment grâce au renforcement du guichet unique et à l’adoption d’un nouveau cadre législatif. Rekkache a également rappelé que l’Algérie dispose d’une infrastructure logistique que peu de pays africains peuvent aligner avec 36 aéroports, 45 ports dont 20 commerciaux, un réseau ferroviaire et routier étendu, et trois corridors stratégiques vers l’intérieur du continent africain. Des atouts qui permettent aux investisseurs d’importer des matières premières et d’exporter leurs produits finis depuis des points de connexion directement reliés aux marchés européens et subsahariens.
Industrie, université et conquête africaine
Le président du CREA, Kamel Moula, a souligné de son côté l’importance de tisser des liens entre entreprises et universités pour améliorer en continu la qualité du produit algérien, en rappelant que le pays dispose de tous les atouts « pour réussir et conquérir de nouveaux marchés, grâce à sa position de porte d’entrée vers l’Afrique et de sa proximité géographique avec le continent européen ». La formation des jeunes aux métiers les plus demandés apparaît dans son intervention comme le chaînon manquant entre les réformes institutionnelles et leur traduction industrielle. Rekkache a d’ailleurs évoqué une coordination soutenue avec le secteur de la formation professionnelle pour adapter les cursus aux besoins réels des investisseurs. L’AAPI oriente désormais ses priorités vers les projets à fort impact sur la croissance, ceux permettant la substitution aux importations, et les investissements liés à la valorisation des ressources minières, à la sécurité alimentaire et aux industries pharmaceutiques.
La conférence de samedi n’a pas produit d’annonce spectaculaire. Elle a surtout permis de réaffirmer une nouvelle réalité, celle d’une Algérie qui a changé de logiciel économique.
Sabrina Aziouez

