Culture

Opéra d’Alger : « Rihla », un voyage au cœur de l’âme algérienne

Le spectacle chorégraphique Rihla, « voyage » en arabe, a réuni jeudi soir à l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaih, un public nombreux autour d’une œuvre rare, celle d’une jeunesse artistique qui ose plonger dans les profondeurs du patrimoine pour en ramener quelque chose de vivant, de contemporain, de singulier.

Produit par le Ballet national de l’Opéra d’Alger, mis en scène et écrit par Ayoub Nasserellah Belmehel, Rihla suit le parcours initiatique d’un jeune artiste prénommé Rahal, en quête de ses racines et de son identité. La trame est simple, presque celle d’un archétype, mais c’est précisément cette épure qui lui confère sa force. À travers une succession de tableaux mêlant danse contemporaine, théâtre et musique traditionnelle, le spectacle traverse les âges et les régions d’Algérie, convoquant costumes, gestes et mélodies comme autant de fragments d’une mémoire collective que l’on croyait peut-être endormie.

Sur scène, la scénographie joue la sobriété avec un éclairage feutré, des symboles discrets mais chargés de sens, une économie de moyens qui oblige le corps à parler. Et les corps parlent, en effet. Les danseurs et ballerines du Ballet national investissent l’espace avec une précision qui n’exclut pas l’émotion, alternant les codes de la danse contemporaine et les gestes hérités du folklore algérien dans ses multiples expressions, kabyle, andalouse, saharienne, chaouie. La musique, exécutée en off, enveloppe l’ensemble sans jamais l’écraser.

C’est Nasser Soudani, conteur de métier, qui assure la liaison entre les tableaux. Sa voix, posée et modulée, crée ce qu’on pourrait appeler un espace de poésie à part entière, en interaction directe avec les danseurs. À ses côtés, la comédienne Amel Faiza contribue à donner chair à un texte narratif qui revisite quelques-unes des grandes stations de l’histoire algérienne, de ses figures intellectuelles et de ses symboles les plus emblématiques. Le tout sans didactisme, sans lourdeur de manuel scolaire.

Ayoub Nasserellah Belmehel, le metteur en scène, a tenu à souligner que Rihla est avant tout «un projet artistique porté par des jeunes talents du ballet de l’Opéra d’Alger, qui a nécessité trois mois de préparation». Une durée modeste au regard de l’ambition du propos, mais suffisante, manifestement, pour livrer un objet scénique cohérent et maîtrisé. Pour lui, cette chorégraphie vise à «soutenir les jeunes artistes et à valoriser la diversité culturelle algérienne dans une forme contemporaine».

Produit sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts, Rihla ne s’arrêtera pas aux planches de l’Opéra d’Alger. Le spectacle entame prochainement une tournée nationale dans plusieurs villes du pays. Car c’est peut-être là le vrai pari de cette Rihla : que le voyage ne soit pas seulement celui de Rahal sur scène, mais aussi celui du Ballet national vers tous les publics, dans toutes les régions du pays.

Mohand Seghir

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