Actualité

Conseil des droits de l’homme des Nations unies : L’Algérie porte la voix des peuples minés par le colonialisme

Onze millions de mines antipersonnel enfouies le long des frontières est et ouest du pays par l’armée française. C’est avec ce chiffre en tête, et cette mémoire dans le corps, que l’Algérie a pris la parole, samedi, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, pour défendre une vision du désarmement humanitaire qui ne se résume pas à l’élimination des engins explosifs, mais s’étend à la réparation durable des vies brisées. L’ambassadeur Idris Latreche, représentant permanent de l’Algérie auprès de l’Office des Nations unies à Genève, est intervenu lors du dialogue interactif consacré aux effets des mines antipersonnel sur les droits de l’homme, à l’issue de la présentation du rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH). Son propos n’était pas celui d’un État récitant une position diplomatique convenue. C’était celui d’un pays qui a connu la contamination de son sol de l’intérieur, et qui en porte encore les cicatrices. « L’approche de l’Algérie repose avant tout sur sa propre expérience douloureuse, se retrouvant confrontée après l’indépendance à un lourd héritage de près de 11 millions de mines antipersonnel posées par le colonisateur français le long des frontières Est et Ouest », a déclaré M. Latreche. Un héritage dont l’Algérie a su s’affranchir par ses propres forces. « Malgré la réussite de l’Algérie à dépolluer son territoire grâce aux efforts de ses enfants et à ses propres moyens nationaux, les séquelles de cet héritage colonial demeurent visibles jusqu’à ce jour, à travers les souffrances des rescapés», souligne le diplomate

En soulignant la dimension coloniale du problème, l’Algérie pointe une lacune que la communauté internationale peine encore à reconnaître pleinement, celle des mines héritées, dont les effets ne s’arrêtent pas à la date d’un traité de paix ou d’une déclaration d’indépendance. L’ambassadeur Latreche a d’ailleurs exprimé le « regret que le rapport n’ait pas consacré une plus grande place aux effets persistants des mines héritées de la période coloniale, d’autant plus que leurs conséquences s’étendent du passé pour affecter le présent et l’avenir des peuples ».

Sur le fond, la délégation algérienne a rappelé que les atteintes causées par ces engins vont bien au-delà du bilan physique immédiat. Les mines, a précisé M. Latreche, portent atteinte à « un large éventail de droits fondamentaux de l’homme », notamment le droit à la vie, à la santé, au développement et à la liberté de circulation. Autant de droits que les populations des zones contaminées voient amputés pour des décennies, parfois pour des générations.

La journée de samedi à Genève n’a pas été marquée par la seule prise de parole au Conseil des droits de l’homme. L’Algérie avait également organisé, dans le cadre de la 62e session de cet organe, un événement parallèle intitulé « Le rôle du Conseil des droits de l’homme dans le renforcement du soutien aux victimes des mines antipersonnel ». Une initiative co-organisée avec une dizaine d’États, Afrique du Sud, Royaume-Uni, Autriche, Mozambique, Vanuatu, Azerbaïdjan, Pérou, Liban et Croatie, et à laquelle ont participé des institutions de premier plan comme le HCDH, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le Service de la lutte anti-mines des Nations unies (UNMAS), ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales telles que la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel et le Centre international de déminage humanitaire de Genève.

Cet événement s’inscrit dans une démarche politique cohérente. La résolution qui a conduit à la rédaction du rapport présenté samedi avait été introduite à l’initiative de l’Algérie et adoptée à l’unanimité lors de la 58e session du Conseil. En organisant un espace de débat parallèle pour prolonger cette discussion, Alger entend ne pas laisser le sujet s’éteindre dans les couloirs du Palais des Nations une fois le rapport présenté.

Dans son allocution d’ouverture, l’ambassadeur Latreche a insisté sur ce que l’Algérie considère comme une vérité fondamentale. « Le processus de libération des mines ne se limite pas à l’élimination de la dernière mine, mais s’étend à la garantie d’un soutien global et durable aux victimes et à leur pleine réinsertion dans la société. » ce  qui résume bien l’ambition politique algérienne dans ce dossier celle de passer d’une logique de déminage technique à une logique de réparation humaine.

Les intervenants réunis lors de cet événement ont convergé sur la nécessité de placer les victimes au centre des préoccupations. Ils ont relevé que les conséquences des mines ne se limitent pas aux séquelles corporelles, mais touchent aussi au droit à l’éducation, à l’alimentation, au développement durable des communautés, autant de dimensions que les mécanismes internationaux existants prennent encore insuffisamment en compte.

En lisant une déclaration conjointe au nom de la Croatie, du Mozambique, du Pérou, de l’Afrique du Sud, du Royaume-Uni, du Vanuatu et de 70 autres États, M. Latreche a également appelé à « un renouvellement de l’engagement politique notamment à travers l’adhésion universelle aux mécanismes internationaux pertinents, à l’instar de la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel ». Un appel à universaliser un traité que plusieurs pays producteurs et exportateurs de mines refusent toujours de ratifier.

Chokri Hafed

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *