Le Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger mis en place : L’Algérie rappelle ses cerveaux
31 chercheurs algériens parmi les plus en vue dans le monde, dont le Dr Elias Zerhouni, ancien directeur des National Institutes of Health américains, et Belgacem Haba, figure de l’électronique mondiale, se sont réunis dimanche au Pôle scientifique et technologique Chahid Abdelhafid-Ihaddaden de Sidi Abdellah, à Alger, pour tenir la réunion constitutive du Haut conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger. Un organe consultatif inédit, rattaché directement à la Présidence de la République et doté de l’autonomie financière et administrative, dont la création avait été approuvée lors du dernier Conseil des ministres sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune.
La scène valait son symbole. 80 scientifiques avaient fait le déplacement, depuis l’Australie, les États-Unis, la Suède, la France. Sept autres ont suivi les travaux par visioconférence. Ensemble, ils représentent des décennies de recherche menée hors des frontières algériennes, dans les laboratoires et universités du monde entier. La question qui flottait dans la salle de Sidi Abdellah n’était pas tant de savoir si ces cerveaux souhaitent contribuer à leur pays, ils l’ont dit clairement, mais de savoir si les mécanismes seraient enfin là pour le leur permettre. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a planté le décor dès son allocution d’ouverture. La création de ce Haut conseil, a-t-il déclaré, « répond aux engagements du président de la République visant à offrir à la communauté scientifique établie à l’étranger l’opportunité de contribuer au développement du pays en apportant son expertise et ses conseils et en œuvrant au transfert des technologies modernes ». Il a insisté sur la portée institutionnelle de la démarche et souligne que « le fait que ce Haut conseil relève de la Présidence de la République lui confère une forte portée politique et témoigne de la reconnaissance de la haute valeur des scientifiques algériens établis à travers le monde ».
Baddari a également précisé les deux missions structurantes du nouvel organe, à savoir « ériger des ponts de communication solides entre les scientifiques à l’étranger et les universités et autres centres de recherche à l’intérieur du pays » et « mettre en place un dispositif de veille scientifique et technologique sur lequel l’Algérie s’appuiera pour développer son système scientifique et économique ». Des ambitions larges, qui tranchent avec les rencontres ponctuelles et sans lendemain qui avaient souvent caractérisé les tentatives antérieures de mobilisation de la diaspora scientifique.
« Un moment historique »
C’est le professeur Elias Zerhouni, coordinateur du comité constitutif, qui a peut-être le mieux résumé ce dont il s’agit. Celui que la communauté scientifique internationale connaît comme l’un des médecins-chercheurs algériens les plus influents du XXIe siècle a qualifié la journée de « moment historique et nouveau départ ». Pour lui, ce Haut conseil doit être autre chose que les structures qui ont précédé. Il s’agit de « mettre en place un cadre permanent et efficace de coopération donnant lieu à des projets concrets et durables au-delà des simples rencontres ». Zerhouni a aussi pris soin de saluer les avancées réelles du secteur universitaire algérien, élargissement du réseau des établissements, hausse des effectifs, performances des étudiants dans les compétitions internationales, avant d’appeler à « mettre à profit l’expertise et les réseaux des scientifiques algériens établis à l’étranger au service des priorités du développement national ». Les autres membres du conseil ont abondé dans le même sens, chacun depuis son domaine. Le professeur Saad Mekhilef, spécialiste des énergies renouvelables à l’Université de Melbourne, a dit vouloir « s’acquitter d’une dette envers la patrie à travers le transfert des expertises et la contribution au développement du secteur des énergies renouvelables ». Le professeur Abdelaziz Hamzaoui, de l’Université de Rennes, a simplement estimé que ce Haut conseil « apportera une valeur ajoutée au service de l’Algérie ». La chercheuse Malika Aid Boudries, de l’Université Harvard, a été plus précise dans son diagnostic et souligne que le conseil « représente un premier jalon pour l’organisation de la communauté scientifique », mais à condition de « passer des conférences conjoncturelles à un transfert de technologie effectif et durable ». Quant à Belgacem Haba, inventeur prolifique dans le domaine de l’électronique, il détient plusieurs centaines de brevets déposés aux États-Unis, il a insisté sur l’urgence de constituer un réseau des compétences algériennes de l’étranger pour « soutenir les universités et les start-up ».
Un environnement scientifique favorable
Le propos de Haba pointe vers une réalité que le discours officiel reconnaît volontiers mais que les politiques publiques peinent encore à traduire, le transfert technologique ne se décrète pas. Il exige, selon plusieurs participants, « un environnement scientifique favorable » avec des laboratoires équipés, des procédures administratives allégées, une protection de la propriété intellectuelle crédible, des passerelles réelles entre recherche publique et tissu économique. Autant de chantiers qui attendent.
Il reste que la journée de Sidi Abdellah marque une rupture de méthode, au moins dans la forme. Rattacher l’instance à la Présidence n’est pas un détail protocolaire, cela signifie que les recommandations de ces scientifiques atterriront au plus près du centre de décision. Le Président Tebboune avait lui-même lancé, lors du Conseil des ministres qui a entériné la création du Haut conseil, « un appel à l’ensemble des enfants de l’Algérie parmi les scientifiques établis à travers le monde » pour participer au projet de développement national. Le message avait été entendu et trente et un membres ont répondu présents dès la réunion constitutive.
Ce que l’Algérie tente, en somme, c’est de transformer une diaspora scientifique dispersée et longtemps ignorée en levier de politique publique. D’autres pays l’ont fait avant elle, avec des résultats variables selon la solidité des institutions d’accueil. La différence, cette fois, tient à l’ancrage institutionnel choisi et à la qualité des personnalités mobilisées. Zerhouni, Haba et leurs pairs ne sont pas des figures de façade. Leur présence à Sidi Abdellah est un engagement.
Samir Benisid

