Les Fennecs savourent et regardent déjà vers la Suisse
Au stade Arrowhead de Kansas City, dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 juin 2026, l’Algérie a décroché son billet pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026 au terme d’un match épique et à six buts face à l’Autriche (3-3). Portés par un Riyad Mahrez des grands soirs, auteur d’un doublé historique, et par un Houssam Aouar étincelant en meneur de jeu, les Fennecs ont livré une prestation de caractère qui les envoie retrouver la Suisse le 3 juillet à Vancouver. En zone mixte et en conférence de presse, les principaux acteurs algériens de cette soirée américaine ont pris la parole.
Mahrez : « C’est la deuxième fois dans notre histoire »
Il était l’homme du match. Riyad Mahrez, 35 ans, capitaine des Verts et joueur d’Al-Ahli, a inscrit les 60e et 90e+3 minutes de sa carrière en Coupe du monde, lui qui n’y avait jamais marqué auparavant. Une délivrance personnelle autant qu’un acte fondateur pour la sélection. « C’est formidable. On est très contents. C’est la deuxième fois dans notre histoire. On va commencer par bien savourer cet exploit, car on le mérite », a-t-il déclaré à l’APS, faisant référence à la qualification de 2014 au Brésil, seul précédent historique des Fennecs au stade des huitièmes. En zone mixte, Mahrez a tenu à remettre sa performance en perspective. « C’est un sentiment spécial de marquer en Coupe du monde. C’est la seule grande compétition où je n’avais jamais marqué », a-t-il confié. Mais le capitaine s’est aussitôt effacé derrière le collectif. « Il faut toujours faire passer l’équipe avant tout. J’ai eu la chance de marquer deux buts aujourd’hui et j’en suis fier, mais ce n’est pas fini. Le plus important, c’est le prochain match. » Et de rendre hommage à celui qui a été le véritable chef d’orchestre de la soirée : « Je tiens à souligner que c’est Aouar qui a pratiquement fait tout le travail. Ses passes étaient vraiment lumineuses. »
Sur le scénario particulier du match, et les interrogations soulevées par l’égalisation autrichienne à la 90e+6 alors que les deux équipes étaient déjà qualifiées, le capitaine des Verts a refusé d’alimenter la polémique. « L’Autriche a marqué trois buts. C’est une équipe qui attend et qui joue en contre. À la fin, ils sont restés un peu derrière. Je n’ai pas senti une équipe qui ne voulait pas gagner le match, mais peut-être qu’à la fin… », a-t-il nuancé, laissant la phrase en suspens. Il a néanmoins dressé un bilan offensif lucide : « C’était un beau match de football avec beaucoup de buts. Nous devons travailler pour en encaisser moins. » Quant à l’objectif pour la suite, Mahrez a été clair : « Il faudra de la personnalité et du caractère, car c’est un grand tournoi et on doit se montrer à la hauteur. »
Aouar : « On a atteint notre objectif»
Si Mahrez a fait parler la poudre devant le but, c’est bien Houssam Aouar qui a tenu le rôle du chef d’orchestre. Le milieu offensif, impérial dans la distribution tout au long du match, a exprimé la fierté collective des Fennecs après le coup de sifflet final. « On est très fiers de ce qu’on vient d’accomplir, surtout pour le peuple, qui attendait avec impatience cette qualification », a-t-il déclaré à l’APS. Aouar n’a pas minimisé la difficulté de la rencontre. « Le match a été très difficile, contre une bonne équipe d’Autriche. Nous avons subi beaucoup de pression, tout au long de la rencontre, surtout qu’il y a eu de nombreux rebondissements. Mais Dieu merci, la qualification était au bout pour récompenser nos efforts. » Avant de tourner la page vers le prochain défi : « Il faut bien récupérer, pour être au rendez-vous contre la Suisse. On a beaucoup de respect pour cette équipe, qui a terminé première de son groupe. Ce n’est pas un hasard. Mais on va y aller à fond, avec l’objectif de créer un autre exploit. »
Mandi : « Tout n’est pas parfait»
Aïssa Mandi, cadre de la défense algérienne, a lui aussi pris la mesure de l’événement tout en gardant la tête froide. « Cette qualification est historique pour l’Algérie et pour le football algérien. Nous le savions avant de commencer cette Coupe du monde. Le groupe était très relevé et nous savions que cela allait être compliqué jusqu’à la fin. Je pense que nous avons une équipe de caractère, avec des jeunes qui prennent de plus en plus confiance et qui montent en puissance », a-t-il analysé. Le défenseur a également révélé que les Verts n’avaient jamais envisagé de gérer le résultat en fonction des autres matchs du groupe ou d’un adversaire potentiel au tour suivant. « Nous voulions avant tout passer la phase de groupes. Nous n’avons pas calculé sur l’identité de notre prochain adversaire. Nous aurions pu nous contenter d’un score de 2-2, mais nous sommes allés chercher le troisième but. Nous aurions pu affronter l’Espagne, mais finalement l’Autriche a égalisé et nous jouerons la Suisse. » Un aveu qui confirme que le but de Mahrez à la 90e+3 n’était pas un cadeau empoisonné, mais bien le reflet d’une équipe qui joue pour gagner jusqu’au bout. Sur le plan défensif, Mandi a livré un bilan sans complaisance. « C’est vrai que nous sommes une équipe offensive qui essaie de créer du jeu, de repartir de derrière et d’avoir le ballon. Nous devons toutefois nous améliorer défensivement et mieux travailler ensemble. Tout n’est pas parfait dans ce que nous faisons, nous avons encore beaucoup de choses à améliorer, mais j’ai confiance en notre groupe. » Trois buts concédés en une soirée — dont deux sur des transitions rapides autrichiennes — donnent effectivement matière à réflexion avant un huitième de finale qui ne pardonnera aucune approximation.
Belghali : un but dédié à un ami disparu
Rafik Belghali, latéral droit des Fennecs, a lui aussi tenu à s’exprimer sur une soirée qui restera gravée dans sa mémoire pour des raisons qui dépassent largement le cadre sportif. « On tenait une belle victoire (3-2), avant de concéder l’égalisation, juste avant le coup de sifflet final. C’était un peu frustrant », a-t-il reconnu à l’APS. Avant de relativiser aussitôt : « Cela dit, le plus important pour nous était de se qualifier et nous avons atteint cet objectif. »
Sur le plan personnel, son but inscrit en fin de première mi-temps à la 45e minute pour égaliser à 1-1 portait une charge émotionnelle particulière. « Je suis doublement heureux d’avoir marqué un des trois buts, car outre le fait d’avoir contribué à la qualification en 16es de finale, j’ai pu faire un clin d’œil à un ami décédé. C’était important pour moi de lui dédier ce but. » Des mots sobres et sincères, qui rappellent que derrière les statistiques et les résultats, le football reste avant tout une histoire humaine.
Chaïbi : « Nous allons continuer à marquer l’histoire »
Élu l’un des hommes en forme de la sélection depuis le coup d’envoi du tournoi, Farès Chaïbi a livré une analyse calme et ambitieuse de cette soirée de Kansas City. « C’était un beau match. Avec un score de 3-3, on ne peut pas dire que nous n’avons pas joué. Les deux équipes ont joué pour gagner, c’est ce qui a fait que c’était un beau match », a-t-il jugé, refusant toute lecture sulfureuse du résultat final.
Le milieu offensif a ensuite affiché les ambitions intactes du groupe pour la suite de la compétition. « Nous sommes venus ici pour nous qualifier, et aujourd’hui, c’est quelque chose qui est fait. Nous avons une grande équipe avec de grandes qualités. Nous allons bien nous reposer et nous ferons tout pour rester dans cette compétition. » Conscient de la montée en puissance collective, Chaïbi a conclu sur une note résolument offensive : « Une compétition comme la Coupe du monde est longue. Nous allons continuer à monter en rythme et nous qualifier pour continuer à marquer l’histoire. »
L’histoire, justement, les Fennecs sont en train de l’écrire. Rendez-vous le 3 juillet à Vancouver.
M.D.

