Théâtre national algérien : Clôture du cycle « Djanazet Ayyoub »
Le Théâtre National Algérien Mahieddine Bachtarzi a achevé samedi soir les représentations de Djanazet Ayyoub (« Les Funérailles d’Ayoub »), trois soirées consécutives qui ont réuni à Alger le public du quatrième art autour d’une création dont la trajectoire, depuis sa création en fin d’année dernière, n’a cessé de se confirmer.
La pièce avait décroché le Grand Prix de la 18e édition du Festival national du théâtre professionnel, le jury lui ayant décerné le prix du meilleur spectacle intégral. Une distinction méritée pour une œuvre produite par le Théâtre National, écrite et mise en scène par Ahmed Rezzak, qui propose des funérailles collectives où l’on enterre les valeurs, la morale, l’innocence et la beauté, dans un registre de comédie noire convoquant le silence, les ombres, l’attente et l’amertume dans des significations chargées de contemplation et d’amertume. La scénographie est signée Lilia Chaouchei.
Sur le fond, la pièce exploite la tragédie humaine pour élaborer un discours dramatique oscillant entre drame noir et ironie voilée, posant la question des relations humaines au sein d’une société alourdie par ses contradictions. Le texte repose sur l’absence et la présence simultanées du héros, Ayyoub, absent physiquement, et qui demeure la force motrice de chaque événement et de chaque tension dramatique. Ce qui devrait être un moment de deuil et de solidarité se retourne en espace où les tensions et les conflits refoulés entre personnages affleurent, où le débat, le silence et l’accusation prennent le pas sur l’empathie, et les prises de position autour de la vie et du destin d’Ayyoub font basculer le rite de l’adieu en miroir des fragilités et des contradictions des relations humaines.
La critique n’a pas manqué de relever les ambitions de la forme. La vision scénique, esthétiquement ambitieuse, s’appuie sur l’image théâtrale, la scénographie et la musique pour construire un univers symbolique dense, cherchant à approcher une thématique humaine et existentielle liée à la douleur, à la patience et à la désintégration des liens familiaux. Certains observateurs ont toutefois noté que la puissance de la structure visuelle n’a pas toujours trouvé un contrepoint dramaturgique à sa hauteur.
Le public a longuement applaudi les comédiens à l’issue des représentations. La pièce, qui avait figuré au programme des nuits ramadanesques du Bachtarzi en février et mars, poursuit ainsi une carrière scénique qui lui a valu une audience bien au-delà du seul cercle des habitués.
Mohand Seghir

