Maroc : Une crise latente, le Makhzen dans la tourmente
Flambée des prix, monopole dénoncé au Parlement, et organisations de la société civile vent debout contre la poursuite des relations avec l’entité sioniste, le Maroc traverse une double fracture, économique et politique.
Le gouvernement marocain fait face à une nouvelle vague de critiques concernant la gestion de la crise des carburants, accusé par des élus de son propre Parlement de ne pas être parvenu à briser le monopole qui pèse sur le secteur ni à maîtriser l’envolée des prix à la pompe. Lors de récents débats parlementaires, plusieurs élus ont estimé que le Royaume avait échoué à protéger le pouvoir d’achat des citoyens, alors que le dossier des carburants est devenu l’un des principaux moteurs de la vie chère. Les promesses de réforme du secteur, selon eux, ne se sont toujours pas concrétisées sur le terrain. Le gouvernement a également été critiqué pour le retard pris dans la constitution d’un stock stratégique de produits pétroliers, un dispositif pourtant jugé essentiel pour renforcer la sécurité énergétique du pays et limiter son exposition aux fluctuations des marchés internationaux.
Les parlementaires ont par ailleurs souligné qu’un certain nombre de projets annoncés restent au point mort, tandis que le citoyen continue de supporter le poids de la hausse des prix du carburant. Les critiques visent également la persistance de pratiques de monopole sur le marché. Les prix des hydrocarbures, selon eux, augmentent de manière synchronisée chez les différents distributeurs. Des députés se sont en outre interrogés sur les retards pris dans l’adoption des textes réglementaires censés plafonner les prix des carburants et organiser le secteur, jugeant que ces atermoiements profitent avant tout aux grands opérateurs, au détriment du consommateur marocain confronté à des hausses continues du carburant, avec leurs répercussions sur les prix du transport et des produits de première nécessité. Pour ces élus, cette situation illustre l’ampleur de la crise que traverse le secteur des hydrocarbures au Maroc, sur fond d’accusations visant l’incapacité du pouvoir à imposer une concurrence réelle et à mettre fin à la domination des grandes compagnies sur le marché. Au-delà de l’incapacité du gouvernement, ces débats soulignent en trame de fond, les conflits d’intérêts qui affectent le secteur. Rappelons dans ce sens, la position dominante du chef du gouvernement marocain Aziz Akhannouch dans le secteur des carburants au, via sa holding Akwa Group et sa filiale Afriquia Gaz, qui suscite de vifs débats. Il est accusé de conflit d’intérêts et de monopole sur le marché des hydrocarbures, alimentant la colère sociale face à la cherté des prix à la pompe.
Normalisation : des voix marocaines tirent la sonnette d’alarme
Sur un tout autre front, des organisations marocaines ont haussé le ton contre la poursuite, par le pouvoir, de sa politique de normalisation avec l’entité sioniste, qu’elles qualifient de défi ouvert à la volonté populaire. Plusieurs structures ont réaffirmé leur détermination à poursuivre la mobilisation citoyenne, par tous les moyens pacifiques, pour s’opposer à cette trajectoire. Dans un communiqué, l’Organisation marocaine de soutien aux causes de la Nation a vivement critiqué la poursuite de ce qu’elle appelle « le sillage de la normalisation », dans un contexte marqué, selon elle, par l’aggravation des violences subies par les Palestiniens. Pour cette organisation, le maintien de cette trajectoire « constitue un défi à la position populaire marocaine », qui réclame l’abrogation de l’ensemble des accords de normalisation. La même organisation a dénoncé l’accueil, sur le sol marocain, de délégations israéliennes « alors que le sang des enfants, des femmes et des innocents continue de couler à Gaza », y voyant une provocation à l’égard des sentiments populaires et une tentative de redorer l’image d’une entité impliquée, selon elle, dans des crimes documentés aux yeux du monde.
De son côté, le mouvement BDS-Maroc a appelé le pouvoir à cesser toute forme de complicité avec l’entité en question et à ne plus permettre à ses représentants de participer à des événements organisés sur le territoire marocain, estimant que cette situation constitue « une atteinte flagrante au droit international » et une « complicité directe » aux conséquences juridiques, morales et politiques lourdes, mais aussi, selon le mouvement, un désaveu de la volonté populaire marocaine, qui n’a jamais cessé d’exprimer son rejet de la normalisation. Dans le même esprit, l’Initiative marocaine de soutien a dénoncé une tendance croissante à restreindre les mobilisations pacifiques anti-normalisation, dans un contexte marqué par une présence israélienne grandissante dans le Royaume, réaffirmant son engagement à poursuivre toutes les formes de lutte visant à mettre fin à ce processus.
Lyes Saïdi

