L’ONLCDT et l’INSP signent 4 conventions de coopération : Cartographier le fléau de la drogue en Algérie
Quatre conventions ont été signées lundi à Alger entre l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (ONLCDT) et l’Institut national de santé publique (INSP), scellant un partenariat scientifique et technique destiné à mieux cerner l’ampleur de la toxicomanie dans le pays. La cérémonie, tenue au siège de l’ONLCDT, a été coprésidée par le directeur général de l’Office, Tarek Kour, et celui de l’INSP, le Pr Abderrezak Bouamra.
Selon le communiqué de l’ONLCDT, quatre conventions d’exécution ont été signées dans la foulée pour lancer des études épidémiologiques de terrain visant à « élaborer une cartographie nationale précise de la répartition géographique de la consommation de drogues » et à « mettre en place un cadre institutionnel permanent de coopération scientifique et technique entre les deux parties ». Ces travaux couvriront le milieu général, le milieu scolaire, le milieu universitaire, ainsi qu’une étude spécifique sur les décès par surdose, un dispositif de veille sanitaire inédit qui doit désormais nourrir, données à l’appui, la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la drogue. Cette cartographie vient épauler un dispositif légal déjà en vigueur. La loi n° 25-03 du 1er juillet 2025 a en effet instauré le principe d’un dépistage systématisé des stupéfiants et substances psychotropes, décliné par deux décrets exécutifs. Le texte rend désormais obligatoire le test de dépistage pour tout candidat à un poste de travail, dans la fonction publique comme dans le secteur privé, les analyses devant être réalisées dans des laboratoires agréés par le ministère de la Santé. Le dispositif s’étend également au monde éducatif dans la mesure où le dépistage devient obligatoire dans les établissements d’éducation, d’enseignement et de formation, lycéens, étudiants et stagiaires étant concernés en cas de troubles du comportement ou de suspicion raisonnable de consommation, les tests pouvant aussi être intégrés aux examens médicaux périodiques. Le consentement des parents ou, à défaut, du juge des mineurs, reste requis, et aucune sanction pénale n’est appliquée en cas de résultat positif. L’élève ou l’étudiant bénéficie d’une prise en charge médicale et psychologique immédiate, l’approche privilégiée restant préventive et curative plutôt que répressive.
Cette démarche s’inscrit aussi dans le prolongement de la Stratégie nationale de prévention contre les drogues et les psychotropes 2025-2029, dont le premier bilan, présenté fin juin, avait déjà révélé l’ampleur du phénomène. Les services de sécurité ont intercepté en 2025 plus de 37 tonnes de cannabis, 1 461 kg de cocaïne et environ 2 kg d’héroïne, ainsi que plus de 43,41 millions de comprimés psychotropes, dont une écrasante majorité de prégabaline. Ces saisies ont donné lieu à près de 144 000 affaires traitées par les différents services de sécurité. Les premiers mois de 2026 confirment cette tendance haussière, avec des opérations menées quasiment chaque semaine dans le sud comme sur le littoral : plus de deux millions de comprimés psychotropes ont ainsi été saisis fin juillet lors d’une seule intervention dans la capitale, tandis que l’armée a intercepté en mai plus de 500 kilogrammes de cannabis en provenance du Maroc.
Face à cette pression persistante sur les circuits illicites, les autorités sanitaires insistent désormais sur la nécessité de compléter le volet répressif par un dépistage précoce et une prévention ciblée, en particulier auprès des jeunes, population la plus exposée. La future cartographie nationale doit permettre d’identifier les zones et les milieux, scolaire, universitaire ou urbain, les plus touchés par la consommation, afin d’orienter les campagnes de sensibilisation et les capacités de prise en charge médicale là où les besoins sont les plus criants.
Malik Meziane

