Drame routier de Boumerdès : Trois personnes sous mandat de dépôt
Le juge d’instruction près le tribunal de Boumerdès a ordonné, samedi, le placement en détention provisoire de trois personnes mises en cause dans l’accident du renversement d’un autobus de transport de voyageurs survenu le 31 juillet dernier dans la wilaya, un drame qui a fait 28 morts et 36 blessés.
Lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation des résultats de l’enquête préliminaire qui a suivi l’accident, le Procureur général près la Cour de Boumerdès, a indiqué samedi que les trois mis en cause, à savoir le propriétaire du bus, son frère, ainsi que le gérant d’une agence de voyages dénommée « Berbère Tour », ont été entendus par le juge d’instruction avant que leur placement en détention provisoire ne soit prononcé. Ils sont poursuivis pour « participation à l’homicide involontaire de plusieurs personnes, commis à la suite d’un accident de la circulation impliquant un véhicule de transport collectif de personnes », pour « participation aux blessures involontaires de plusieurs personnes » causées dans les mêmes circonstances, ainsi que pour « établissement intentionnel de décisions ou de certificats attestant de faits inexacts ».
Le Procureur général a d’abord fait un point sur l’état des victimes. 19 blessés ont pu quitter l’hôpital après rétablissement complet, tandis que 17 autres poursuivent encore leur prise en charge médicale.
L’enquête, a précisé le magistrat, s’est employée à reconstituer avec précision les circonstances du drame. Premier élément écarté, celui de l’état de la chaussée. Le tronçon emprunté par le bus, mis en service en août 2025, explique-t-il, ne présentait ni nid-de-poule ni dégradation susceptible d’avoir provoqué la sortie de route. Le véhicule lui-même a également été disculpé dans un premier temps, son système de freinage et ses pneumatiques étant jugés conformes.
Mais l’expertise technique menée après l’accident a apporté un éclairage plus nuancé. Le bus transportait davantage de passagers que sa capacité ne le permettait, et sa vitesse, au moment des faits, dépassait 121 km/h. Les enquêteurs ont par ailleurs relevé que le système d’assistance au freinage moteur ne fonctionnait qu’à hauteur de 50 % de son efficacité, même si les six roues du véhicule ne présentaient, elles, aucune défectuosité. L’accident s’est produit sur un tronçon reliant la route nationale n° 24, marqué par une pente de 7 %.
Un chauffeur épuisé et sous l’emprise de stupéfiants
C’est du côté du facteur humain que l’enquête a porté ses conclusions les plus lourdes. Le conducteur du bus, décédé dans l’accident, avait effectué la veille un trajet vers Jijel dont il n’était rentré que vers minuit, avant de reprendre le volant quelques heures plus tard pour une nouvelle excursion, cette fois en direction de la plage d’El Karma, à Boumerdès. L’autopsie pratiquée sur sa dépouille a établi qu’il conduisait sous l’emprise de drogues et de diverses substances psychoactives. L’analyse de son téléphone, équipé de deux cartes SIM appartenant à des opérateurs différents, a permis de retrouver des échanges vocaux datés de la veille du drame, dans lesquels il était notamment question de stupéfiants. Un autre enregistrement, capté aux environs de 21h, le soir précédant l’accident, le montre évoquant un problème technique sur le véhicule, qu’il comptait résoudre à la hâte avant de reprendre la route.
Une location de bus dissimulée
L’enquête a également mis au jour un montage contractuel destiné à masquer la véritable exploitation du véhicule. D’après le Procureur, le chauffeur ne disposait d’aucun contrat de travail avec le propriétaire du bus. Ce dernier louait habituellement son véhicule pour le transport universitaire durant l’année scolaire, avant de le céder, chaque été, à l’agence de voyages Berbère Tour pour l’organisation d’excursions touristiques.
Ce transfert prenait la forme d’une cession fictive, matérialisée par un contrat de vente. Le bus restait en réalité exploité par le propriétaire et son frère, sous le nom de l’agence, laquelle leur fournissait une copie de son registre de commerce ainsi que des formulaires d’ordres de mission vierges et pré-signés. À la fin de la saison estivale, l’agence rétrocédait le véhicule à son propriétaire d’origine, avec établissement d’une nouvelle carte grise, moyennant des sommes convenues entre les parties.
Le voyage fatal du 31 juillet avait par ailleurs été annoncé sur une page Facebook, laissant croire au public qu’il était organisé par une agence agréée. Les candidats au voyage réservaient leur place par téléphone directement auprès de l’organisateur, en communiquant leur adresse, avant d’être récupérés le jour du départ.
Au terme de cette instruction, le propriétaire du bus, son frère ainsi que le gérant de l’agence de voyages ont donc été placés sous mandat de dépôt, les trois hommes devant désormais répondre de leurs actes devant la justice.
Chokri Hafed

