Crédit à la consommation : La Banque d’Algérie somme les banques d’ouvrir les vannes
La Banque d’Algérie a adressé lundi une nouvelle instruction aux établissements bancaires et financiers, leur enjoignant d’élargir sans délai l’accès des ménages au crédit à la consommation. Datée de ce même 10 août, la note n° 4, signée par le directeur général du Crédit et de la Réglementation bancaire, Abdelhamid Boulouadnine, s’inscrit dans « le cadre de la promotion du crédit à la consommation et du renforcement de son rôle dans le financement des besoins des ménages ».
Le document appelle les banques et établissements financiers à « intensifier leurs efforts en vue de favoriser un accès plus large des ménages aux crédits à la consommation », conformément au décret exécutif n° 15-114 du 12 mai 2015 encadrant ce type de financement. Il leur est demandé de « développer davantage leurs offres de crédit à la consommation », en veillant à « leur accessibilité et à leur adéquation aux besoins de la clientèle », et d’assurer « un traitement diligent des demandes de crédit », notamment via les canaux numériques.
La note précise que ce financement reste réservé exclusivement à « l’acquisition de biens produits ou assemblés en Algérie », un ancrage qui vise à orienter la consommation des ménages vers la production nationale plutôt que vers l’importation. Enfin, l’Autorité d’émission instruit les établissements à prendre « les mesures nécessaires » pour une « application effective, sans délai, au niveau de l’ensemble de leurs réseaux ».
Ce texte vient compléter un dispositif engagé depuis plusieurs jours par la Banque d’Algérie, qui avait déjà imposé aux banques via la note n° 3, la simplification des procédures d’accès aux produits et services bancaires pour les ménages, avec une échéance fixée au 30 septembre 2026. Cette accumulation d’instructions traduit une volonté affichée de bousculer des pratiques bancaires jugées trop lentes et trop administratives.
Ce mouvement réglementaire fait par ailleurs écho aux critiques répétées du président de la République. Lors d’un récent entretien avec la presse nationale, Abdelmadjid Tebboune avait fustigé le décalage entre le rythme des investisseurs et celui de certaines banques publiques, évoquant même une logique héritée « des pots-de-vin » qui continuerait, selon lui, à freiner le financement des projets. Le chef de l’État avait également reconnu la difficulté à imposer une réforme structurelle du secteur, confiant avoir sollicité plusieurs ministres des Finances successifs sur ce dossier, avant de rappeler l’ouverture du capital de certaines banques publiques, à l’image du CPA désormais détenu à 30 % par des actionnaires privés, comme levier pour introduire une logique plus financière que strictement administrative.
C’est dans ce contexte de pression présidentielle et de mise sous tension progressive du secteur que s’inscrit la note n° 4. En ciblant spécifiquement le crédit à la consommation, la Banque d’Algérie cherche à actionner un levier supplémentaire pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages tout en orientant la demande vers les produits fabriqués localement, dans la continuité d’une stratégie de bancarisation et de soutien à la production nationale amorcée avec les précédentes notes.
Amar Malki

