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La Suisse s’apprête à expulser des Marocains : Nouvelle onde de choc de la crise migratoire de Ceuta

Les autorités suisses ont décidé d’expulser des ressortissants marocains en situation irrégulière, une décision directement liée à la crise migratoire déclenchée fin juillet dans l’enclave espagnole de Ceuta par le passage de dizaines de milliers de migrants depuis le territoire marocain, rapporte le quotidien suisse Blick.

Le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) annonce qu' »une série de vols vers le Maroc est prévue dans les prochaines semaines ». « La forte augmentation du nombre d’identifications (…) se traduira encore davantage par une hausse des chiffres des retours dans les semaines à venir », précise le journal, qui relève que « les scènes dramatiques observées à Ceuta risquent d’occuper l’esprit des responsables politiques (suisses) longtemps ».

Le conseiller d’Etat du parti PLR, Philippe Müller, a de son côté critiqué la lenteur des autorités marocaines dans le traitement des dossiers d’expulsion. Selon Blick, « l’identification des ressortissants marocains dans le cadre de procédures pénales ne prend que quelques semaines », alors que « l’ambassade mettrait parfois plus d’un an » pour finaliser les renvois. Le média souligne également qu’au sein de l’administration fédérale, l’absence d’intérêt de Rabat à rapatrier les mineurs délinquants est considérée comme « un secret de polichinelle », et que le royaume « instrumentalise la question migratoire ».  Il ajoute que « la position de la Suisse sur la question du Sahara occidental est une épine dans le pied du Maroc » car « Berne n’a jamais reconnu l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, ce qui déplaît fortement aux autorités de Rabat ».

Fin juillet, quelque 60 000 migrants illégaux, dont des milliers de mineurs, étaient entrés dans l’enclave de Ceuta en l’espace de quelques jours, provoquant la plus grave crise migratoire connue par le territoire espagnol depuis des années. Plusieurs médias internationaux avaient alors pointé l’implication des autorités marocaines dans cet afflux massif, évoquant l’instrumentalisation de la carte migratoire par Rabat pour exercer une pression sur Madrid. Des dizaines de personnes ont perdu la vie dans des bousculades ou par noyade en tentant de rejoindre le territoire espagnol par voie terrestre ou à la nage, un bilan qui dépasse largement les 140 morts.

Face à l’ampleur de la crise, l’Espagne a rapidement déployé plusieurs mesures pour reprendre le contrôle de sa frontière. Le ministère de l’Intérieur a fait installer en mer une barrière pneumatique de 500 mètres afin d’empêcher les traversées à la nage entre le Maroc et l’enclave. Madrid a par ailleurs engagé le renvoi accéléré des migrants entrés illégalement, malgré une décision de justice ayant introduit de nouvelles restrictions sur les règles de « refoulement à la frontière » permettant des expulsions immédiates ; le gouvernement espagnol indiquait fin juillet que plus de 48 000 des 60 000 migrants recensés étaient déjà repartis vers le Maroc. Le Premier ministre Pedro Sánchez, qui s’était rendu sur place pour piloter la gestion de crise, avait évoqué une interprétation opportuniste, par des réseaux de passeurs, d’une décision de la Cour suprême espagnole.

La crise a également eu des répercussions à l’échelle européenne. La France a annoncé le renforcement de ses contrôles à la frontière avec l’Espagne, tandis que Rome envisageait de suspendre les accords de libre circulation Schengen avec Madrid, une option soutenue par la Finlande. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a pour sa part appelé les 27 à apporter une « réponse européenne commune » afin de renforcer les frontières extérieures du bloc aux points les plus sensibles, évoquant notamment une surveillance accrue et le recours, si nécessaire, à des barrières physiques. Début août, l’enclave espagnole continuait d’enregistrer de nouvelles arrivées, avec près de 300 entrées illégales recensées sur les deux premières semaines du mois.

Lyes Saïdi

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